On l’a évoqué hier, cette forme impériale d’interview diffusée sur plusieurs chaînes, dans une mise en scène négociée en haut lieu, est le signe d’un rapport entre les médias et le pouvoir toujours enkysté dans les traditions de dépendance ou de connivence du vingtième siècle. C’est une forme de communication qui nécessite un ton un tant soit peu olympien et une solennité qui n’est pas forcement l’apanage de Nicolas Sarkozy. Le cérémonial, pompeux, envahissant, conduit d’abord à des scènes pénibles d’humiliation des journalistes au cours desquelles, de toute façon, aussi pugnaces et pertinents soient-ils, les interviewers sortent forcément perdants parce qu’ils ne peuvent pas se laisser entraîner dans des pugilats verbaux. Polémiquer avec le chef de l’Etat, sous les dorures de l’Elysée les feraient sortir de leur rôle puisque de telles joutes entrainent l’utilisation d'un minimum de mauvaise foi et de liberté avec la vérité pour tenir le choc. La presse, en acceptant ces formats exceptionnels et théâtralisés, accepte d’être mise en situation de faiblesse. Que voulez-vous que David Pujadas réponde au Président qui lui demande s’il pense vraiment qu’il aurait lui-même organisé le vol d’ordinateurs de journalistes? Que la question n’est pas là ? Que ce sont quand même trois ordinateurs de journalistes d’investigation, que d’habitude, le président, sur la moindre affaire, promet de sévir, de punir ! Pujadas a bien tenté de dire tout ça mais il a dû céder pour ne pas avoir à se livrer à un combat de coqs déplacé. En réalité, le président prend ses interviewers pour des opposants. Ils les traitent comme tels. Le comble aura été quand, sur la question des Roms, Nicolas Sarkozy a répondu que c’était à cause des journaux de 20 heures qu’il avait dû agir ainsi. Rien que cette hallucinante affirmation -qui nous renseigne sur certains ressorts de l’action de l’exécutif- aurait mérité un débat en soi. Quelle est la solution alors, comment le président devrait-il communiquer ?La solution, c’est que quand le président a quelque chose à dire, et s’il veut y mettre de la solennité, il fasse une déclaration, reprise à leur guise par les médias. S’il veut s’expliquer plus en détails, il peut faire ce que tous les chefs des exécutifs de tous les pays démocratiques font : aller dans les émissions politiques déjà existantes ou faire des conférences de presse, avec droit de suite dans les questions. Le rapprochement des politiques et des citoyens passe par une certaine banalisation du mode d’expression du président (ce qui ne veut pas dire une banalisation de son propos et il doit bien sûr pouvoir choisir de parler quand il le veut). C’est ce qui se passe en Angleterre, en Allemagne, en Espagne et aux Etats-Unis. Le modèle américain n’est pas forcément à suivre pour tout ce qui a trait à la communication politique, mais pour ce qui est des contraintes démocratiques qui pèsent sur la parole présidentielle, de l’exigence de vérité des faits énoncés par le chef de l’Etat, nous avons de grandes leçons à recevoir. La conférence de presse qui a suivi la défaite de Barack Obama aux mid-terms est un modèle du genre. Il se trouve que tout ça : la participation aux émissions existantes, la banalisation des conférences de presse, et la fin des grands-messes comme celle d’avant-hier, c’était très exactement ce qu’avait promis à la profession le candidat Sarkozy en 2007.

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