Jean-Pierre Chevènement est candidat depuis deux semaines et, bien que sa candidature soit un souci de plus pour François Hollande, personne ne semble, à gauche, oser l’attaquer de front !

Oui et à part Michel Rocard qui, n’ayant plus de raisons de prendre de gants, lui a réglé son compte de façon expéditive (il parlait de coup de poignard dans le dos de François Hollande), personne, au PS, ne s’offusque, ouvertement de cette candidature. Même si tout le monde a le souvenir de la division de la gauche qui a conduit au 21 avril 2002. Jean-Luc Mélenchon, surtout, pourrait légitimement estimer que le vieux briscard exagère et qu’à 72 ans, il devrait quand même laisser la place aux jeunes qui se présentent sur le même segment politique… Et quand je dis « aux jeunes », tout est relatif, rappelons que s’il les porte bien, Jean-Luc Mélenchon a quand même 60 ans… L’âge de raison... plus 53 ans.

Mais, même le leader du front de gauche, qui bouillait intérieurement, (lui qui d’habitude n’hésite pas à bouillir extérieurement), a fait preuve de bienveillance quand il a appris que « le Che » s’y collait encore une fois. A l’UMP, au-delà de la bien compréhensible satisfaction de voir un diviseur supplémentaire débouler dans les pattes du PS, on ne critique pas Chevènement. Jean-Pierre Chevènement, pour la droite, c’est comme Simone Veil pour la gauche : respect. Même au Front National, on lui reconnaît des qualités souverainistes et on le dit. Pour Le Pen, père et fille, le sénateur de Belfort, ne fait pas partie de la clique « UM-PS eurocrates mondialisés ».

Pourquoi cette bienveillance générale envers Jean-Pierre Chevènement ?

Eh bien parce, même si en bon politique son initiative a à voir avec des histoires de postes et de circonscriptions à marchander… Il représente quand même une sorte d’authenticité respectable. Il est à la fois totalement démodé et foncièrement utile au débat. Il est national. Très français. Même ceux qui ne pensent pas comme lui le ressentent. Essayer donc d’expliquer à un observateur étranger ce que représente politiquement Jean-Pierre Chevènement. C’est impossible, il ne comprendra pas. Tous nos voisins européens ont des écologistes, des socialistes plus ou moins à gauche, des conservateurs et des libéraux, quelques uns ont encore des communistes, ils ont des nationalistes à foison… mais aucun n’a de gaullo-républicains-conservateurs-laïc-de-gauche… C’est de l’appellation contrôlée, une alchimie purement de chez nous, estampillée qualité France ! Jean-Pierre Chevènement a trop démissionné dans sa vie politique pour être taxé simplement d’ambitieux. S’il a une haute estime de lui, c’est aussi parce qu’il se compare aux autres. Il faut dire que quand il s’exprime, c’est d’une précision diabolique, dans un Français délicieux, avec une culture encyclopédique qui rappelle François Mitterrand. En plus de l’imparfait du subjonctif, il y a l’enracinement de la pensée dans l’histoire du socialisme et de la République. On est loin de la com’, des publicitaires de la politique. Jaurès, Clemenceau, de Gaulle et Marx imprègnent plus le discours de Jean-Pierre Chevènement que Philan, Séguéla ou Goudard. Bref quelques semaines de Jean-Pierre Chevènement dans une campagne XXIème siècle, ça fait du bien… comme de remonter dans une DS, on se dit « c’est de la bonne bagnole comme on n’en fait plus »… mais, bon… aujourd’hui on ne prendrait plus l’autoroute avec. Quelques semaines de Jean-Pierre Chevènement, pourquoi pas. Après il faut quand même se choisir un président pour l’an 2012.

L'équipe

Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.