L’union nationale a vécu. La séance des questions à l’Assemblée, hier, l’a bien montré.

Oui, alors que le gouvernement adopte certaines mesures qui étaient proposées par la droite, c’est de ce côté-là, paradoxalement, que viennent les critiques les plus virulentes. Du coup, la gauche de la gauche, outrée par ce qu’elle voit comme une dérive sécuritaire, perd de l’audience et se retrouve seule sur des positions qui apparaissent, au plus grand nombre, anachroniques après les attentats. D’une certaine façon, le gouvernement s’en sort bien avec une droite qui marche à la surenchère. Ça masque son mouvement qui pourrait être décrit comme un reniement ou un aveu d’échec. F.Hollande et M.Valls ont compris que les Français, sous le choc, ont besoin d’union et de concorde. Sevrés de violence, ils veulent des actions fortes, mais des mots doux, des débats cotonneux et apaisés. L’exact inverse des périodes sans crise, où l’on a tendance à se satisfaire de joutes verbales frontales et de réformes indolores. L’union ne peut pas être le garde-à-vous mais elle peut être (pour rester le débat démocratique) un ton, plus affable, des précautions pour, au moins, donner le sentiment de l’écoute attentive et de la possible prise en compte. L’exécutif répond à cette exigence. C’est à la fois adapté et très malin. Aux injonctions sécuritaires proférées vertement par la droite, M.Valls a répondu à l’Assemblée avec une inhabituelle onctuosité, ne refusant rien par principe. On a même vu le 1er Ministre prendre par le bras Laurent Wauquiez, hier, en marge de leur interview sur France Inter, et s’isoler…M.Valls avait l’air de lui parler comme pour le rassurer. D’ailleurs, il ne s’oppose pas aux idées de la droite qu’il ne reprend pas, il répond, « merci de votre proposition, nous allons la soumettre au Conseil d’Etat ou en examiner avec vous les conséquences pour en retenir peut-être une partie ».

Et pourquoi la droite n’adopte pas ce ton conciliant ?

C’est étrange et un peu plus qu’une faute tactique. D’ailleurs, A.Juppé se démarque de l’acrimonie de son parti, ce matin, dans le Figaro. LR sent bien que la peur milite pour le FN, et même si la campagne est suspendue, ce sont trois principales têtes de liste aux régionales (Wauquiez, Pécresse et Estrozi) qui ont été désignées questionneurs et matraqueurs en chef hier à l’Assemblée. Laurent Wauquiez cite même Saint-Just (référence que l’on n’attendait pas de lui) en prononçant cette énormité démocratique et juridique, cette définition de l’arbitraire : « pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». Par son ton et la vigueur de sa réaction, LR pousse le curseur sécuritaire très à droite. L’opinion réclame des mesures sécuritaires… c’est un classique après un tel traumatisme. Elle demande des réformes et des actions sans se soucier, à chaud du moins, de savoir si ces réformes et actions sont conformes aux grands principes démocratiques et à la constitution. La droite, comme sur bien d’autres sujets, craint de laisser filer son électorat au FN si elle n’incarne pas elle-même cette ligne ultra sécuritaire. Sert-elle ainsi de barrage ou fournit-elle du carburant au FN ? C’est finalement toujours la même interrogation…et toujours la même pente.

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