Loi sécurité globale… le poids de Gérald Darmanin sur la majorité.

Avec l’article 24 de la loi, Gérald Darmanin pèse de tout le poids sur la majorité. Sous son influence grandissante, le macronisme est plus éloigné que jamais de la proposition progressiste de départ

Edouard Philippe maintenait une forme d’équilibre. N’avait-il pas, en son temps, refusé un amendement d’Eric Ciotti du même acabit que cet article 24. Le chef de la majorité, Jean Castex, sans pedigree politique, ne pèse pas. 

L’article 24 doit protéger les policiers ciblés individuellement, traqués sur les réseaux sociaux. Seulement quand il a été présenté, Gérald Darmanin avait affirmé qu’il s’agissait d’interdire de filmer les forces de l’ordre en action.  C’était un message aux policiers. Une telle interdiction aurait été une atteinte grave à la liberté de la presse et même de chacun puisque (s’agissant des manifestations) la police maintient l’ordre au nom des citoyens et –normalement- en toute transparence. C’est finalement seulement la diffusion ciblant des policiers en particulier qui doit être regardée. Le texte a donc été remanié. 

En réalité, l’article 24 n’apporte rien aux lois existantes. 

Pourquoi serait-il néfaste alors ? 

Une disposition inutile est un message. C’est le clin d’œil du ministre aux policiers qui risque de renforcer une mécanique néfaste déjà à l’œuvre sur le terrain. Les violences policières et manifestantes se nourrissent l’une de l’autre. 

L’Etat doit-il favoriser cette course aux armements juridiques et matériels ou réfléchir à la meilleure façon d’entamer une désescalade ?

 C’est l’escalade qui est choisie : on va autoriser les drones, la reconnaissance faciale des manifestants ! 

La loi permettra aux policiers d’affirmer, comme ils le font déjà régulièrement, qu’il est interdit de les filmer. Ils confisqueront, comme ils le font déjà régulièrement, téléphones ou caméras. Ils placeront en garde à vue (comme c’est déjà régulièrement le cas), demanderont encore plus facilement le code des téléphones. En cas de refus, il s’agira d’une infraction, cette fois-ci, caractérisée. 

La législation actuelle permet aux policiers ciblés personnellement de poursuivre ceux qui les mettent en danger. Ainsi le rappeur Jo le Pheno montrait, dans un clip, le visage identifiable d’un policier. Il a été condamné à des dommages et intérêts. L’arsenal est là. Il faudrait pouvoir mieux, c’est vrai, repérer les harceleurs sur les réseaux sociaux… avec des outils qui ne nécessitent pas de montrer ses muscles au parlement et sur les chaines Info ! 

N’aurait-il pas fallu, dans un esprit de désescalade, rappeler plutôt aux policiers qu’ils peuvent être filmés mais qu’ils seront  aidés pour rechercher les harceleurs du net ? Cette majorité avait craint –au plus fort de la crise des gilets jaunes- de se faire déborder par les violences populaires. Elle avait, de ce fait, déjà beaucoup céder à la doctrine et aux réflexes sécuritaires des syndicats policiers. Gérald Darmanin est la seule voix gouvernementale vraiment forte en ce moment. Cette voix est train de donner à la majorité une touche autoritaire.  

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