Déjà, il y a une campagne interne, rendez-vous compte, une campagne démocratique (enfin, bien sûr il faudra voir à l’usage) dans un parti à la culture aussi ouverte qu’une junte sud-américaine des années 80, c’est à souligner. Cette campagne entre Marine Le Pen et Bruno Gollnisch ne s’engage pas très bien avec un léger fumet de scission qui commence à chatouiller les narines des dirigeants. Même si c’est certainement la fille du chef qui va gagner à la fin, la campagne sera intéressante à suivre car elle sera sans doute l’expression de cette transition qui est en train de s’opérer en ce moment à la droite de la droite en Europe. La ligue du nord italienne en précurseur, le PVV de Geert Wilders aux Pays Bas, le parti jobbik hongrois ou les démocrates-suédois sont des partis qui dessinent une nouvelle extrême droite, populiste et moderne à la fois, une mouvance dirigée par de jeunes leaders plutôt charismatiques, parfois même assez peu conservateurs sur les questions de société. Tous affichent aussi des préoccupations sociales prononcées. Du coup, ils arrivent à puiser dans le réservoir assez varié des déçus d’une droite libérale mais aussi beaucoup à gauche, chez les orphelins d’un modèle social européen en panne (pour ce qui est au moins de l’Europe du nord). Ces partis sont tous plus ou moins racistes, xénophobes, islamophobes. S’ils n’ont pas de pudeur de langage sur les questions d’immigration, ils ont, en revanche aucun goût pour l’histoire et (sauf accidentellement) ne se référent pas à leurs encombrants ancêtres fascistes ou collaborationnistes. Ainsi Marine Le Pen ne risque pas de parler de « détail » si elle est interrogée sur les chambres à gaz. Bruno Gollnisch, paradoxalement, représente plus la lignée politique à l’ancienne de Jean-Marie Le Pen… D’ailleurs, il veut réintégrer au FN de vieux caciques du parti d’origine tel le traditionaliste et maréchaliste Bernard Antony. Est-ce uniquement par népotisme que le président du FN soutient Marine Le Pen ? Rien de politique?S’il n’y avait que des considérations idéologiques et si Marine Le Pen s’appelait Marine Dupont ou Lefébure (Cohen pas sûr…), eh bien il y a fort à parier que, dans ce cas là, il soutiendrait Bruno Gollnisch, plus "vielle-France", digne héritier de la droite maurrassienne, vichyssoise, Algérie française… des références qui ne semblent pas intéresser Marine Le Pen. Donc elle va finir par gagner et le FN va changer de nature. Et là il sera temps de se demander si le nouveau Front National et l’UMP pourraient s’allier… Jusqu’ici, il y a toujours eu une séparation hermétique entre la droite et l’extrême droite, une incompatibilité née de l’histoire des droites en France. Les gaullistes, les radicaux, les libéraux sont des héritiers de la libération… pas question d’envisager une quelconque collusion avec l’émanation d’une droite d’origine non républicaine. Mais de la même façon que les temps changent au FN, les gardes fous hérités de l’histoire semblent aussi s’estomper parfois à droite. L’été sécuritaire et surtout la façon pour le moins légère avec laquelle certains concepts républicains sont maniés en haut lieu, laisse penser que des évolutions sont possibles. D’ailleurs Christian Vanneste, député du Nord et Xavier Lemoine, maire de Montfermeil, (tout deux UMP) prônent une alliance, tout de suite, avec le FN. Ça reste marginal et c’est loin d’être la ligne officielle du parti majoritaire mais on peut maintenant imaginer un rapprochement, dans l’opposition, par exemple après une éventuelle victoire de la gauche en 2012 ou en 2017, dans un contexte de crise économique…

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