Vous revenez vous aussi sur la reconnaissance de la France du massacre du 17 octobre 1961…

En lisant ce communiqué du Président qui dit ceci : « le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l'indépendance ont été tués lors d'une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Je rends hommage à la mémoire des victimes », on se dit d’abord : Comment ? Ça n’était pas encore fait ? La reconnaissance est donc tardive mais bienvenue. François Mitterrand qui avait amnistié les généraux félons d’Algérie, Jaques Chirac et Nicolas Sarkozy qui soignaient leur clientèle électorale rapatriée avaient donc négligé cet épisode criminel de l’histoire de la police française. Cette reconnaissance est utile, non seulement parce qu’elle répare une injustice mémorielle mais aussi parce que nombre de nos concitoyens d’origine algérienne, se sentent amputés d’une partie de leur mémoire. Certains utilisent d’ailleurs l’aveuglement partiel de l’histoire officielle, sur des pans entier de la guerre d’Algérie, pour se complaindre dans une posture de victimes de la société française. Il sera également plus facile, même si la partie est loin d’être gagnée, de demander aux autorités algériennes, qui réclament toujours que les crimes de la colonisation soient reconnus par la France, de faire preuve, de leur côté, d’un traitement plus équitable de l’histoire de l’indépendance.

Ce peut être aussi un contre-point au discours très ferme sur le thème de « l’ordre républicain » développé par François Hollande et Manuel Valls…

Oui, parce que ces mots « ordre républicain » que le ministre de l’Intérieur répète beaucoup en ce moment quand il s’agit de lutte contre l’islamisme radical, ces mots raisonnent, pour les plus anciens, comme un coup de trique. L’ordre républicain, dans l’imaginaire collectif de la gauche qui a vécu la deuxième partie du XXème siècle, c’est la matraque facile, c’est le SAC, c’est Charonne, 68, Plogoff, Malik Oussekine, Ouvéa ou la répression des luttes sociales. Or, dans l’idéal républicain tel qu’on veut le réactiver en ce moment, il faut bien, d’une façon ou d’une autre redonner une acception démocratique à « l’ordre républicain ». Si autrefois c’était « ordre » le mot majeur de ce terme, aujourd’hui ce doit être le mot « républicain ». Le premier est au service du second et pas l’inverse. Il n’est pas dit que cette décision ait été prise pour ces raisons précises ; il s’agit sans doute de la simple application d’une politique mémorielle de gauche, dans le plus pur style. Il n’y a qu’à voir la réaction outrée et anachronique de l’UMP. Cette reconnaissance et sa résonnance montrent aussi que, quoi qu’on en dise, il y a bien une histoire officielle en France et c’est souvent par des initiatives présidentielles qu’elle s’écrit. La guerre d’Algérie, des massacres de Sétif en 45 en passant par la torture lors de la bataille d’Alger, mais aussi les exactions du FLN commises contre des colons ou des Algériens favorables au compromis, jusqu’à la souffrance des pieds-noirs arrachés à leur terre ou des harkis ostracisés : pour l’instant, on constate que la France va quand même plus vite que l’Algérie, dans la course de lenteur que constitue l’écriture de l’histoire de cette guerre.

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