Des lycéens se mobilisent pour exiger le retour de Leonarda et d’un autre lycéen expulsé…

Oui c’est ce qui pouvait arriver de plus inquiétant pour le gouvernement. La jeunesse lycéenne et estudiantine française a une propension assez forte à se mobiliser de façon spontanée. A l’heure des réseaux sociaux cette propension est décuplée. Les manifestations d’hier, celles d’aujourd’hui sont peut-être des feux de paille -les vacances arrivent- mais ce peut être aussi le début d’un mouvement d’importance. En matière de mobilisation de la jeunesse, rien n’est prévisible. C’est le syndrome du tube de dentifrice… il est très facile de faire sortir la pâte du tube, il est quasiment impossible de l’y remettre. C’est pareil pour des lycéens sortis de leur lycée pour une raison qu’ils estiment révoltante ! La tentation des gouvernants est toujours de dénoncer une manipulation, une instrumentalisation mais en réalité, les organisations lycéennes et les partis d’extrême gauche sont sans véritables influences. Ils n’existent vraiment que pour s’ériger en porte-parole des mouvements ; ils essaient de les suivre, comme ils peuvent, en tentant de faire croire qu’ils en sont les organisateurs. Mais les lycéens et étudiants français (et singulièrement les Parisiens), sont de nature éruptive, par tradition. C’est comme si il y avait un gène du pavé, un bout de gavroche tapi dans cette population frondeuse qui se passerait le flambeau de la contestation de génération en génération.

D’ailleurs, bien des ministres et des responsables de socialistes sont entrés en politique à l’occasion de mouvements lycéens ou étudiants…

Oui, ils connaissent mieux que quiconque la nature du danger qui guette un gouvernement de gauche face à un tel mouvement ! Les politiques sont toujours effrayés par la jeunesse qui prend la rue. Il n’y a, généralement personne avec qui négocier sérieusement. Aucun accord avec des représentants souvent autoproclamés ne peut garantir la fin du mouvement. La hantise c’est aussi la bavure, le syndrome Malik Oussekine de 1986, du nom de ce jeune étudiant tué par la police lors d’une charge de CRS à moto dans le quartier latin. Une bavure de la sorte et la grande majorité de l’opinion des adultes bascule. Même quand les motivations de la jeunesse sont floues, même si la volonté de sécher les cours est aussi importante que la volonté de lutter contre une injustice, ce mouvement, s’il devait prendre et amplifier, serait désastreux pour François Hollande qui a fait de la jeunesse, de l’éducation et de la justice les objectifs emblématiques de sa présidence. Là, il ne s’agit pas d’une loi contestée, d’une réforme mal acceptée ou d’un quelconque corporatisme étudiant, il s’agit de deux lycéens expulsés. Deux lycéens en passe de devenir des symboles. La jeunesse française, du moins celle qui manifeste, estime toujours, (en se battant pour des causes de justice ou pour des droits humains) qu’elle fait partie de l’histoire de ce pays. Et d’ailleurs elle n’a pas foncièrement tort. Et au moment où l’on ne cesse de commenter une France qui semble se replier, au moment où l’on tente de mesurer la « lepénisation » de la société… une partie de la jeunesse descend dans la rue pour nous rappeler des vérités, qui peuvent paraître simplistes, ou naïves… mais qui montrent que la France garde quand même quelques bons vieux réflexes humanistes… Après tout il y a bien assez de pays dans le monde ou l’on manifeste contre les autres pour se réjouir de voir qu’en France, les gamins battent le pavé pour refuser des expulsions…

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