Il est trop tôt pour dire si le grand oral des candidats socialistes samedi à Lens a fait « bouger les lignes » au PS. Mais ce qui est sûr, c'est que ce débat a donné lieu à un moment étonnant. On pourrait en rire, se moquer de ces réunions socialistes qui ne sauraient plus se tenir désormais sans que quelqu’un verse une larme. Car après Lionel Jospin à la Rochelle, c’est Laurent Fabius samedi à Lens qui a eu du mal à contenir son émotion. L’ancien Premier ministre est sur le point de terminer son intervention, musclée à l’égard de Nicolas Sarkozy comme de Ségolène Royal, quand il cite Jaurès, et son discours à la jeunesse. Qu’entend-t-on dans cette voix qui tremble ? Sans doute le moment de vérité d’un homme. Laurent Fabius ne sait pas, et nous ne savons pas mieux que lui, qui sera désigné en novembre par les militants socialistes. Mais ce qu’il pressent, malgré sa combativité, malgré son ancrage à gauche très marqué censé le différencier de ses adversaires, malgré l’accueil enthousiaste qui lui a été fait à Lens, ce qu'il pressent c’est qu’il y a objectivement peu de chance aujourd'hui pour que ce soit lui le futur candidat socialiste et a fortiori le futur président de la république. Et cette émotion qui le déborde n’est pas seulement le regret d’un avenir qui s’efface, c’est aussi l’expression d’un deuil à faire de tout son passé, du combat d'une vie comme il dit. Laurent Fabius, plus jeune premier ministre de France, Laurent Fabius qui a survécu à tous les combats internes et externes au PS, laurent Fabius le vainqueur inattendu du Non au référendum sur la constitution européenne, Laurent Fabius sait que c’est maintenant ou jamais. Il est sur le point de bascule de sa vie politique. Curieusement à quelques mois de la présidentielle, ils sont quelques-uns à être ainsi placés face à leur destin. Alain Juppé dans sa reconquête de Bordeaux ,vit-il autre chose que le droit de poursuivre sa route en politique ? Les bordelais lui font un accueil triomphal et sans doute se sentira-t-il suffisamment re-légitimé pour revenir dans le jeu national. Une difficile ré élection l’éloignerait à jamais du carré des ambitions parisiennes. Lionel Jospin joue lui aussi le moment de vérité de sa vie politique. Les socialistes repoussent son offre de service et l’ex premier ministre n’aura alors d’autre choix que de partir. Définitivement cette fois. Jacques Chirac enfin. Lui est moins préoccupé de son avenir que de la lecture qui sera faite de son passé. D'ici 2007, il doit sauver son bilan, son image et sa postérité. Il s’y emploie activement. Heure de vérité donc pour tous ces hommes qui parfois, bien que cadenassés, emmurés dans leur ambition, laissent affleurer un moment d'émotion, un moment de sincérité.

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