Vous revenez ce matin sur la manifestation de samedi à la Concorde et ses répercutions politiques…

Oui et l’on sent bien le désarroi des responsables politiques devant cette forme de manifestation. Les images qu’elle a produites, frappantes, choquantes même, se percutent aux images des autres manifestations, à travers le monde musulman. Manifestations très diverses, parfois massives, le plus souvent groupusculaires mais toujours violentes et dans un contexte, bien sûr, radicalement différent de celui de Paris. En France, un raccourci nous a fait présenter les manifestants de samedi comme des militants salafistes, suggérant une organisation très structurée et téléguidée de l’étranger. En réalité, il ne s’agit pas de salafistes (sauf pour une poignée d’entre eux) puisque les salafistes français, qui seraient autour de dix mille, sont « quiétistes », dépolitisés, plutôt adeptes de la séparation de la religion et de la chose publique. La réalité de ces manifestations n’est cependant pas forcément plus rassurante puisqu’il s’agit plutôt d’intégristes divers, de petits délinquants variés et d’exaltés de banlieue ayant répondu, dans un certain désordre, à une consigne diffusée sur Internet pour singer les démonstrations hostiles et violentes de leurs frères des pays musulmans à travers le monde. Pour achever de semer le trouble, on a pu constater, hier à ce micro, à quel point Dalil Boubakeur, censé représenter les musulmans de France en tant que vice-président du CFCM, avait une connaissance tout à fait superficielle des groupes et des individus qui ont organisé cette manifestation.

Hier, 75 députés socialistes demandaient au Président, dans Le Monde , de se hâter de tenir sa promesse sur le droit de vote des étrangers : était-ce le bon moment ?

La question se pose parce que c’est le télescopage de deux éléments d’actualité qui engendrent de la confusion ; on peut se dire de prime abord que les images de samedi risquent de braquer une partie de l’opinion dans une position hostile au droit de vote des étrangers non communautaires pour les élections municipales et renforcer les extrêmes. Mais, en même temps, au nom de quoi, une manifestation interdite et avortée de deux centaines d’intégristes obtus devrait bouleverser l’agenda de la politique française ? Surtout que la plupart des manifestants étaient Français. Face à la peur et à la provocation, il y a deux attitudes possibles : renforcer l’appareil répressif, réduire le champ des libertés ou alors justement, profiter de ce défi pour affirmer notre identité démocratique en ne faiblissant pas sur la marche des réformes qui étendent les libertés. Les Etats-Unis de Georges Bush, confondant le renforcement de la sécurité avec la réduction des libertés, avaient édicté le patriot act , c'est-à-dire un rétrécissement de la sphère démocratique en Amérique. Tactiquement, on peut affirmer que les 75 députés socialistes ont bien mal choisi leur moment. Mais philosophiquement (et quoiqu’on pense du droit de vote des étrangers) il aurait été bien triste qu’au moment où l’on envisage de renforcer l’arsenal législatif dit « bouclier antiterroriste », des promoteurs d’une mesure d’élargissement du droit de vote, donc d’une liberté, cèdent en différant leur demande devant l’affichage le plus détestable de l’intolérance religieuse et de l’obscurantisme.

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