Hier, l’UMP a trouvé les mots pour réunir les différentes positions en son sein en cas de duel PS/FN aux municipales.

Oui, l’UMP apprend l’art de la synthèse à la manière PS, vous savez, les uns pensent qu’il est 6h du soir, les autres 6h du matin… La synthèse c’est « on est d’accord il est 6 h » ! Avec ça, François Hollande est devenu président ! Au-delà de cette habileté de surface, l’UMP est, en réalité, piégée par ses propres errements. Mais pouvait-elle éviter ce piège ? C’est très difficile pour l’UMP d’aujourd’hui de rattraper la faute politique et stratégique initiale que l’on peut parfaitement dater et qui marque le début du brouillage idéologique qu’elle subit. Il s’agit de la création du ministère de l’immigration et de l’identité nationale en 2007, suivie, en 2010, du discours de Grenoble, puis de la campagne présidentielle style « droite décomplexée » de 2012. Ce retournement idéologique ne veut pas dire que la droite française était forcément moins conservatrice ou moins réactionnaire avant Nicolas Sarkozy. On oublie trop souvent les propos des ministres de l’intérieur des années 70, comme messieurs Peyrefitte ou Poniatowski, notamment lors de fait-divers concernant des actes d’auto-défense, à côté desquels Marine Le Pen pourrait passer pour une centriste juste un peu rude ! On se souvient aussi de Charles Pasqua ou Robert Pandraud, dans les années 80 qui avaient émis l’idée de revenir sur la tradition républicaine du droit du sol pour adopter le droit du sang en matière de naturalisation. Jacques Chirac (qui lui-même n’était pas spécialement modéré à l’époque) s’y était quand même opposé.

Bref, la vie de la droite parlementaire a toujours été émaillée de ces débats entre radicaux et modérés !

Oui mais la question d’une alliance, ou même d’une bienveillance électorale envers l’extrême droite, comme celle suggérée par la nouvelle doctrine de François Fillon, voilà qui est nouveau au moins au niveau d’un présidentiable, et significatif d’une mutation. Mais parallèlement à ce débat autodestructeur qui secoue l’UMP, il y a une petite musique qui participe à la droitisation de toute l’UMP et qui apporte de l’eau, beaucoup d’eau au moulin du FN (revoilà le CBPFN… l’unité qui mesure ce qui est bon pour le Front National). Cette petite musique est entonnée également par les partisans de la position Fillon et ceux de la position « ni-ni » de Copé… Tous, face au drame de la bijouterie de Nice, répètent en boucle qu’une partie de la responsabilité de cette affaire incombe au discours qualifié de laxiste de Christiane Taubira. Ils laissent croire que les délinquants ne seront plus emprisonnés, qu’ils le savent et donc qu’ils braquent et cambriolent à tour de bras. Même la modérée Valérie Pécresse était sur ce registre hier à ce micro. On imagine les braqueurs faisant une analyse du discours de la ministre de la justice avant de décider d’enfiler leur cagoule et partir, rassurés et plein d’entrain, braquer une épicerie ou une bijouterie… ! Ce genre d’affirmations aussi grotesques que populistes favorise beaucoup plus la logique de futures alliances avec le FN que les déclarations alambiquées de François Fillon. Abreuvée de réactions sécuritaires premier degré, la base militante de l’UMP finira par demander, par exiger à ses dirigeants des alliances avec le Front national. Question de cohérence !

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