D’abord, c’est assez rare pour être souligné : il est bien venu que François Hollande tienne cette promesse de faire une conférence de presse tous les six mois. Cela reste (même dans le cadre solennel de l’Elysée, avec le gouvernement en rang d’oignions dans un rôle de potiche peu ridicule) cela reste, pour un président, la façon de s’exprimer la plus la plus simple, la plus spontanée, et la moins sujette à l’emprise de la communication. Voilà pour ce qui peut paraitre un détail… Sur le fond, François Hollande est face à une question à la fois politique et morale, une question, disons, de l’ordre du savoir-vivre démocratique… A ce niveau de défiance, protégé par son « irresponsabilité institutionnelle », à l’abri sous le parapluie politique que lui fournit la Vème République, le chef de l’Etat devrait adopter une forme de profil bas. Exercice difficile pour celui qui doit, en même temps, sans cesse affirmer son autorité. En effet, il doit convenir, d’une façon ou d’une autre, que la politique économique suivie depuis janvier, réaffirmée par le premier Ministre il y a deux jours, n’est pas la ligne sur laquelle il s’est fait élire. Il doit montrer, d’une façon ou d’une autre, qu’il comprend qu’une large partie de son électorat se sente trahi. Tout simplement parce que c’est le cas.

Vous attendez du président qu’il s’excuse ?

Non, qui serions-nous pour demander ça ? Il s’agit de politique… Il ne s’agit pas d’espérer un acte de contrition ou d’abaissement mais on peut estimer que le chef de l’Etat doive manifester une forme de compréhension devant ce sentiment de duperie ressentie très largement dans le pays. Continuer à affirmer que la politique menée en ce moment est conforme au message de la campagne de 2012, c’est entretenir la sourde colère qui monte. Tout comme Nicolas Sarkozy serait bien inspiré, à l’occasion de son retour, d’expliquer aux Français qu’il a conscience d’avoir vraiment perdu en 2012, pour des raisons politiques et non pas d’avoir « presque gagné », d’avoir été victime de la presse ou d’une quelconque incompréhension. La virulence des réactions, hier après les phrases d’Emmanuel Macron, décrivant pourtant une réalité sur la préoccupante question de l’illettrisme, révèle, s’il en était besoin, le gouffre de déconsidération (ou d’impression de déconsidération) qui se creuse entre une partie importante de la population et l’exécutif. Emmanuel Macron a d’ailleurs prononcé des mots, assez rares en politique, pour s’excuser, hier, à l’Assemblée. François Hollande, en changeant de politique, en menant une politique qui n’a été validée par aucun scrutin, n’a violé aucune règle institutionnelle. En revanche, il a rompu (sous la contrainte estime-t-il peut-être, ou/et par conviction) mais le fait est qu’il a rompu un contrat de confiance démocratique signé en 2012. Et avant tout début d’espoir d’être entendu ou même compris, ça mérite une explication qui dépasse celle de la surprise devant l’état des déficits… Explication qui n’a toujours pas été formulée.

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