Ce matin, l’hégémonie de la France Insoumise sur la gauche.

Oui, au lendemain de la fête de l’Huma, au cours de laquelle, il y a eu, comme chaque année, des dizaines de débats, ce qui surnage, médiatiquement, c’est l’absence de Jean-Luc Mélenchon au Parc de la Courneuve. Quand l’absence d’une personnalité fait plus de bruit que la présence de ceux qui y sont, c’est donc que l’absent a (au moins stratégiquement) raison de ne pas être là ! Le PC, c’est une histoire, des militants de terrain, mais c’est un mouvement qui ne représente plus la dynamique de la gauche. Le PS, de son côté, est détruit sans leader ni de ligne. LFI, forte de son score à la présidentielle et de son groupe à l’Assemblée, n’a pas de problème de leadership. Son chef exerce un magistère sur une jeune organisation qui n’empêche pas, pour autant, l’émergence de personnalités nouvelles. Elle n’a pas non plus de problème de ligne politique, s’est départie de l’étiquette réductrice de « gauche », sans pour autant en rejeter l’histoire. En introduisant l’écologie (gage de modernité) comme matrice d’un nouveau progressisme, elle rend moins efficace la critique de conservatisme social qui lui est adressée. Enfin, LFI ne néglige pas l’angoisse identitaire mais préfère définir l’identité par le social. Notre modèle social, issu des révolutions, des luttes, du Conseil National de la Résistance et des acquis de 1981, voilà, pour LFI, ce qu’est l’identité de la France.

D’où la défiance de Jean-Luc Mélenchon envers la construction européenne.

D’où même une forme de nationalisme implicite. LFI veut réussir avec l’identité et la Nation ce que le FN a partiellement fait avec le social. De plus, le caractère, disons entier, de Jean-Luc Mélenchon, à la fois cultivé et éruptif, colérique et profond, brutal et sophistiqué, fait de lui l’occupant idéal de la fonction tribunicienne. Il espère donc dépasser la gauche et détourner à son profit cette colère partie depuis des années à l’autre bout de l’échiquier, au FN, sans rien céder d’idéologique à ce camp que tout oppose à lui ! C’est le moment parce que Marine Le Pen est durablement affaiblie. Mais si Jean-Luc Mélenchon et LFI sont dominants à gauche, ils ne le sont pas encore (loin s’en faut) au sein du « peuple » au sens large. Arrivés 4ème à la présidentielle, ils restent très minoritaires dans le pays, tout en étant les seuls opposants audibles du moment. LFI n’est pas faite pour être le grand parti centrifuge de la gauche, comme le fut le PS autrefois. Non… LFI veut tout simplement remplacer le PS et le PC, les ingérer et prendre toute sa place dans la vaste recomposition en cours. LREM et LFI, tels les gaullistes et les communistes dans la France des années 60, sont partis pour structurer les débats, pour quelques temps… Mais le pays est plus à droite. Les turpitudes des responsables de LR, les limites personnelles de Marine le Pen, laissent la place, en ce moment, à ce tête à tête Macron/Mélenchon qui s’installe, de façon semble-t-il un peu artificielle, puisqu’il ne représente pas forcément le vrai point d’équilibre idéologique du pays.

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