Focus sur l’argument utilisé par Emmanuel Macron sur l’immigration.

Comment Emmanuel Macron parle-t-il de l'immigration
Comment Emmanuel Macron parle-t-il de l'immigration © AFP / Ludovic Marin

Argument de classe  inhabituel dans sa bouche ! Devant les parlementaires LREM, il a donc dit : ‘La question est de savoir si nous voulons être un parti bourgeois ou pas. Les bourgeois n'ont pas de problème avec cela : ils ne la croisent pas (l’immigration, donc). Les classes populaires vivent avec’. Reprenons la phrase mais appliquée à d’autre thèmes : logement, éducation, transports, retraites : ‘Les bourgeois n’ont pas de problème avec ça’. Finalement, si l’on réfléchit, les bourgeois n’ont pas de problème avec grand-chose… par rapport aux classes populaires. Le président se garde bien de généraliser l’idée qu’il faille agir par le prisme de la classe parce qu’avec ce prisme-là, oui LREM est définitivement un parti bourgeois et toute sa politique serait à revoir. C’est donc ce que l’on appelle une argutie.

L’autre partie de la phrase, c’est : ‘Les classes populaires vivent avec’ !

Ce qui voudrait dire que vivre avec des immigrés est un problème en soit. On aurait pu penser qu’un modéré comme Emmanuel Macron juge que ce ne sont pas les immigrés, en eux-mêmes, qui posent problème mais leur ghettoïsation. Il y a bien une politique de contrôle strict aux frontières à mener mais les vraies solutions au malaise populaire créé par l’immigration ne seraient-elles pas dans une politique d’urbanisme et de population favorisant la mixité plutôt que l’entassement et la relégation des classes populaires –dites de souche- en zones périurbaines ? Il est étrange cet argument sans cesse répété, selon lequel il ne faut pas laisser le thème de l’immigration à l’extrême-droite... ceux qui disent ça en général ne reprennent pas que le thème mais aussi les mots et une partie des solutions. L’immigration est un problème quand certaines conditions sociales, de logements, d’aménagement du territoire, font qu’une partie des catégories des classes populaires se retrouve en proie à ce que Laurent Bouvet appelle l’insécurité culturelle. Dans plusieurs villes moyennes du sud, le sentiment d’invasion domine parce que les centres villes (économiquement sinistrés) ont fini par n’être occupés que par des immigrés. Et alors la mécanique du repli identitaire est en marche. Il en va de même en grande couronne de plusieurs métropoles avec des cités ghettos. En revanche, dans des quartiers  de beaucoup de grandes villes, comme dans le nord-est de Paris, dans de nombreuses villes des petites couronnes où vivent plusieurs millions de personnes, il y a une forte immigration. Pourtant, mixité oblige, dans ces quartiers et villes dont on ne parle jamais, une certaine harmonie existe. D’ailleurs le vote RN est au plus bas. Pourquoi faudrait-il céder à la vision noircie de la société que veut promouvoir l’extrême-droite ? C’est étonnant qu’Emmanuel Macron tombe dans le travers de ‘l’anxio-génis-ation’. Nicolas Sarkozy, avec la même stratégie en 2012, a perdu l’élection... puis en 2016, il a même perdu la primaire de son camp! Au contraire, Emmanuel Macron, avec un discours optimiste et ouvert, (pas naïf pour autant) avait battu Marine Le Pen à plate couture. Imagine-t-on le PSG battant l’OM et se disant, après le match... inspirons-nous de l’OM pour le battre la prochaine fois ?

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