**Nicolas Sarkozy retourne dans les usines, il visite une fonderie ce matin à Charleville-Mézières. Y a-t-il encore un vote ouvrier en France ?Qui a dit : « j’adore les usines. Il y a une ambiance dans les usines, une solidarité entre les ouvriers, un passé, une mémoire, c’est capital en France de garder les usines » ? Ce n’est pas Maurice Thorez ou Georges Marchais, mais c’est ? C’est Nicolas Sarkozy en avril 2006, lors de la visite d’une fabrique d’essieux à Trith-Saint Léger, dans le Nord. C’est là qu’a débuté son opération séduction envers un électorat qui n’est plus ce qu’il était, mais qui a encore de beaux restes. Les ouvriers, qui travaillent dur dans les ateliers, sur les chaînes de montage, représentent 14% des électeurs, soit plus de 6 millions de bulletins de vote. Vous ne gagnez pas l’élection si vous n’avez pas les ouvriers avec vous. Rien à voir bien sûr avec la splendeur passée, celle des Trente glorieuses, où le monde ouvrier constituait une force de frappe énorme, acquise au Parti Communiste Français, de l’après-guerre au premier choc pétrolier. La décrue s’est accélérée au début des années 90 après les échecs de la gauche au pouvoir en matière économique et sociale. Baromètre de ce déclin, le sentiment d’appartenance à la classe ouvrière. Il est en baisse constante depuis un demi-siècle, nous révèle le très sérieux rapport sur l’état de l’opinion de la TNS Sofres. En 1966, 23% de la population française s’identifiait comme ouvrière, contre 6% seulement aujourd’hui. En revanche, pour les classes moyennes, la courbe est passée de 13 à 38%. La France s’est désindustrialisée massivement – les usines ont déménagé en Chine et ailleurs. Et les Français ont un sentiment de mal vivre. Les usines n’ont plus vraiment la cote. La conséquence est que le vote ouvrier n’est plus homogène.Nous évoquons souvent le 21 avril 2002. 43 % des ouvriers ont voté à gauche, selon une étude du Cevipof. Et 24 % se sont prononcés en faveur de Jean-Marie Le Pen, plus que la moyenne nationale. La mutation vers le FN est une réalité. Nous sommes face à une classe sociale déboussolée, en première ligne face à la crise, voire l’insécurité dans certains quartiers réputés difficiles. D’où les succès constants du Front National auprès de cet électorat. Sauf en 2007, quand Nicolas Sarkozy en a récupéré une partie...Le problème est que ses promesses en matière de pouvoir d’achat, de partage des richesses et de sécurité n’ont pas été honorées. Le corps électoral ouvrier désabusé, explique Brice Teinturier d’Ipsos, a pris ses distances à l’égard de la classe politique traditionnelle, et de son incapacité chronique à obtenir des résultats. Les jeunes générations qui travaillent en usine sont de moins en moins imprégnées par la culture de classe. Et se tournent vers le vote contestataire, souvent en faveur du FN, ou vers l’abstention. Les politiques ont senti le danger. Martine Aubry et les leaders socialistes ont repris le chemin des usines. Nicolas Sarkozy - nous l'avons vu avec sa prime de mille euros - aura bien du mal à convaincre les ouvriers qu’il va pouvoir leur offrir demain ce qu’il n’a pas réussi à leur donner durant le quinquennat. Parce que le lien est cassé. Le comportement électoral de ces six millions d’électeurs reste aujourd’hui une énigme.**

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