Marine Le Pen a-t-elle réussi sa première campagne présidentielle ?

Assurément oui… Et sauf gros gadin surprise, on peut déjà dire que Marine Le Pen aura réussi à s’imposer, à imposer certains de ses thèmes, son style. Cette campagne aura, plus que sa prise de pouvoir sur le FN, installé Marine Le Pen au cœur du paysage politique. Nicolas Sarkozy se sera usé, essoufflé à parcourir les terres du Front National pour, comme le dit Jean-Marie Bockel tenter, non pas de chasser sur celles-ci mais d’en déloger Marine Le Pen. En vain, visiblement. Marine Le Pen a d’abord assis sa stratégie sur la poursuite de la dédiabolisation. Un discours très social, une remise en cause du modèle libéral. Sur ce thème, Marine Le Pen et son entourage ont dû batailler ferme au sein même de leur parti pour imposer l’idée de l’abandon de l’euro. Deux lignes s’opposaient : celle de Le Pen père, qui considère qu’il faut se contenter d’annoncer, de se faire l’oracle de la disparition de l’euro, plus que le promoteur de son abandon. Le Pen fille, plus radicale affirmeait qu’il faut se débarrasser de l’euro. Ce fut le thème dominant du début de campagne. Aujourd’hui, en cette fin de campagne, la candidate FN semble moins catégorique sur ce sujet. Ces différences d’appréciations, plus la citation sulfureuse de Brasillach par Jean-Marie Le Pen ont envenimé l’ambiance au sein de la famille (au sens large) Le Pen FN. L’idée selon laquelle, après une éventuelle défaite de Nicolas Sarkozy, et à la faveur d’une recomposition générale de la droite, le Front national pourrait muter et même changer de nom a renforcé encore la discorde interne.

Et pourtant, vous dites que Marine Le Pen a réussi sa campagne !

Oui parce que malgré quelques zigzags tactiques, elle n’a pas fait d’erreur majeure. Même si Marine Le Pen s’est fait volé le leadership sur la fonction tribunicienne par Jean-Luc Mélenchon, elle a su renouveler les formules et les angles d’attaque pour maintenir l’attention ! Sa dernière trouvaille est d’ailleurs assez maline. La dénonciation des « bobos ». Marine Le Pen s’en délecte avec un sens de la caricature plutôt efficace. Le bobo, voilà le nouvel ennemi. Qu’est-ce qu’un bobo pour Marine Le Pen ? Eh bien c’est nous (Patrick, Pascale, Philippe), nous avons l’honneur d’être la quintessence du bobo ! D’ailleurs la dernière fois que la candidate frontiste est venue ici, dans ces studios, ça ne s’était pas très bien passé (à cause d’un échange un peu vif sur la Syrie, je crois, notamment avec notre maître bobo à tous, « l’européo-droit-de-l’hommiste » Bernard Guetta)… Marine Le Pen avait quitté le studio avec fracas en nous traitant donc de bobos ! Un bobo donc, c’est un urbain, forcément déconnecté des réalités de la vraie France. Le bobo circule en vélib’. Et alors il ne prend pas de petit déjeuner ni de déjeuner… dans les discours de Marine Le Pen, le bobo brunche ! Il n’arrête pas de bruncher ! Les bobos sont souvent dans les médias, ils parlent à la place des « vrais Français » ! Bien sûr les Français qui ne sont pas bobos… sont ceux que Marine Le Pen prétend représenter. Ces « vrais Français », d’autres, toujours à la traîne du FN les désignent sous le vocable de « majorité silencieuse ».

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