Ce matin, la bonne santé politique de JL.Mélenchon

Oui, toute une série de sondages place le patron de feu le Front de Gauche à des taux très flatteurs, parfois au coude à coude avec François Hollande, de 11 à 16% pour l’élection présidentielle. Bon, 16%, c’est selon le sondage Sofres, dans le cas assez improbable où le candidat LR (Les Républicains) serait François Fillon, et sans François Bayrou. Mais, depuis qu’il s’est déclaré -sans rien demander à son partenaire communiste- JLMélenchon capitalise (si je puis utiliser ce verbe) sur son nom, la protestation qui monte. Pourtant l’ancien sénateur socialiste n’a pas vraiment changé de propos depuis 2012. Certes, il axe un peu plus son discours sur la notion d’éco-socialisme, qui le sort de la vulgate marxiste classique, il promeut une nouvelle planification qui porterait, par exemple, sur le développement de l’économie de la mer, l’une de ses obsessions du moment. Mais, en réalité, Mélenchon croît et prospère sur la colère sociale qui se cristallise autour de la Loi El-Kohmri. Son ton véhément, une forme de radicalité pugnace et accusatoire, pouvait rebuter (et rebute toujours) la gauche réformatrice. Mais, aujourd’hui, ce discours quasi insurrectionnel entre en résonnance avec l’extrême mécontentement d’une partie de la gauche envers François Hollande.

L’actualité joue pour lui

Oui, parce que le contexte migratoire réoriente le FN sur son cœur de métier : le nationalisme identitaire. Les Le Pen, fille et nièce, délaissent un peu la protestation sociale. Du coup, JL Mélenchon est seul sur le créneau. Ce double élan, des radicalismes de droite et de gauche, de nature très différente (pour lesquelles il ne faut pas abuser des analogies), participe d’un mouvement planétaire. D’un côté, une vague populiste de droite antisystème, basée sur la panique identitaire provoquée par les bouleversements du monde. De l’autre, la révolte sociale due aux accroissements des inégalités. La révolte sociale, en France, ne peut plus vraiment se manifester par des mouvements sociaux d’ampleur dans les entreprises, en raison de la précarisation du travail et de la faiblesse syndicale. C’est donc par la politique qu’elle s’exprime. Le début de résurrection mélenchonienne est, de ce point de vue, plus à comparer aux effets Corbin en Angleterre ou Sanders aux Etats-Unis, qu’à Podemos ou Siriza , et pas simplement en raison de l’âge des capitaines. Le film Merci Patron , qui cartonne grâce au bouche-à-oreille, les salles combles de la tournée du réalisateur François Ruffin, et la médiatisation de Nuit Debout , popularisent ces thèmes, reflètent une vraie colère sans offrir, en eux-mêmes, de débouchés électoraux. JL Mélenchon est le réceptacle politique le plus évident de cette colère. Les Panama Papers , les écarts faramineux de revenus entre les précarisés et les grands patrons, complètent un tableau favorable au député européen qui, de plus, à gauche, est (ça n’aura qu’un temps) le seul candidat déclaré pour 2017. Bon, rappelons quand même (encore et toujours !) que les sondages ne sont pas des prédictions mais des photos à un instant T. Et là, c’est vrai, il y a un petit instant M, Mélenchon.

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