Le terrorisme se rappelle à notre bon souvenir. Un thème qui n'a pas été un thème de la campagne…

Oui, François Fillon l’a regretté hier soir… Mais quel aurait été le débat ? A coup sûr, une série de promesses de toujours plus d’état d’urgence, de toujours plus de patrouilles, de contrôles, une surenchère de propositions plus sécuritaires les unes que les autres, comme ce à quoi nous avons assisté après l’attentat de Nice, avec le concours Lépine du petit soldat anti-terroriste (souvenez-vous d’Henri Guaino qui voulait équiper les militaires chargés de surveiller les grands rassemblements avec des Bazookas pour empêcher d’éventuels camions suicides !). Les candidats plus raisonnables, ceux qui ne se seraient pas livrés à ce crescendo de la peur et du muscle, auraient été dépeints comme d’irresponsables laxistes. La lutte anti-terroriste nécessite beaucoup de moyens mais des moyens discrets, du renseignement, pas de plus d’opération sentinelle qui déploie des milliers de militaires en patrouille, visibles, pour rassurer la population bien plus que pour assurer, de façon opérationnelle, sa sécurité. Les responsables politiques qui jouent le plus sur la fibre sécuritaire, qui réclament à grands coups de menton l’enfermement des fichés S, la « policiarisation » de la société et un état d’urgence ininterrompu, luttent contre le sentiment d’insécurité plus que contre l’insécurité elle-même. Et, même si François Fillon entonne, depuis quelques semaines un chant bien droitier, il ne tombe pas –sur ces questions-dans le ‘toujours plus’ et sa réaction à l’arrestation des apprentis terroristes a été tout à fait sobre hier soir. Le terrorisme n’est pas un thème de campagne, comme a su aussi le montrer hier JL Mélenchon en meeting avec son message d’unité. Les hommes arrêtés l’ont été grâce au renseignement, à la sécurité qui ne se voit pas. C’est une réussite policière à mettre au crédit du gouvernement. Ce n’était pas évident mais cette campagne a plutôt évité l’escalade et la récupération sur des thèmes facilement manipulables avec l’arme favori des démagos : la peur.

Jusqu’au discours de Marine Le Pen lundi soir !

Oui, ce discours au cours duquel la candidate d’extrême droite est revenue à l’auto-diabolisation, autant par tactique que par nature. « Avec moi, il n’y aurait pas eu les terroristes du Bataclan » a-t-elle osé ! En entendant une telle parole, aussi présomptueuse qu’imprudente, on se dit qu’heureusement –pour une fois- le thème de la sécurité n’a pas été au cœur de la campagne. En revanche, on peut regretter que cette campagne n’ait pas été l’occasion de débattre et donc de réfléchir, non pas à la lutte anti-terroriste mais aux raisons qui se trouvent dans notre société et par lesquelles tant de jeunes sont séduits par l’islamisme radical, aux moyens de combattre politiquement, juridiquement philosophiquement, cette idéologie sur le terrain, à l’école, dans les clubs de sport de certains quartiers. Il faut dire (et c’est un regret, notamment par rapport à ce que la qualité des débats des primaires pouvait laisser augurer) que peu de grandes questions ont été traitées en profondeur et nous ont fait véritablement réfléchir pendant cette campagne

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