Le gouvernement a-t-il la main qui tremble ? Face aux zadistes et aux étudiants bloqueurs, on a beaucoup entendu la fermeté du président, dans les mots, mais rien est réglé.

Des mots qui claquent, Emmanuel Macron défend « l’ordre républicain », contre la « tyrannie des minorités ». Mais quand il faut passer aux travaux pratiques, l’évacuation manu militari, c’est une autre histoire. Dans la ZAD, « ce n’est plus un bocage, c’est un bourbier », disent les gendarmes. Seulement un tiers de squats détruits. Des Black Blocs dans la ZAD. Même guerre d’usure dans les facs. Pour évacuer, il faut que les présidents d’université le demandent, mais entre leur décision et l’envoi de CRS, il y a un préfet de police, qui apprécie la situation, arbitrage politique… Et visiblement, la consigne est d’y aller en douceur, l’occupation des facs, « rite initiatique de printemps », minimise un ministre.  

Le gouvernement a peur de la bavure ?   

Le syndrome Rémi Fraisse est dans tous les esprits. Le mouvement social s’est réveillé, on commémore mai 68, la moindre étincelle pourrait « mettre le feu à la plaine », pour reprendre les mots de Jean-Luc Mélenchon. « Et nous ne voulons pas que le sang coule », dit Matignon. Ni laisser-faire, ni politique de la matraque, fermeté relative, assumée par un gouvernement de modérés.  

D’où l’utilisation du joker Nicolas Hulot hier à Nantes ?   

Exactement. Tantôt "bad cops" Collomb / Philippe, tantôt "good cop". Hier c’est Nicolas Hulot l’écologiste, opposant historique à l’aéroport, qui débarque à Nantes pour aider la préfète et tenter de raisonner tous les "Camille" du bocage.  Et visiblement ça n’a pas marché…  Non. Parce que depuis le début, Camille et l’Etat ne parlent pas la même langue, société alternative d’un côté, maîtrise du foncier de l’autre ! Mais le gouvernement est patient, très patient…  Le 17 janvier, il renonce à l’aéroport. Ordre est donné de quitter les lieux avant le 31 mars… L’évacuation commence le 3 avril au petit matin. Opération incomplète. Puis nouveau délai, nouvel ultimatum, 23 avril. Ce qui fait dire à la droite que c’est un double échec : il n’y a plus d’aéroport à Notre-Dame, le référendum local de 2016 a été bafoué, mais il n’y a pas non plus retour de l’Etat de droit.  

Vous dîtes que tout ça est aussi la conséquence d’une parole politique trop faible ?  

A part le Président, vous voyez du monde monter au front ? Qui sont les maillons forts du nouveau monde ? Pourquoi Nicolas Hulot arrive-t-il si tard dans le film ? Pourquoi Frédérique Vidal, en charge des universités, n’est pas épaulée par son collègue, le populaire ministre Jean-Michel Blanquer ? C’est un vrai sujet de préoccupation à la République en Marche, où est l’armée derrière Macron ? Dispositif défaillant, dans un moment délicat, où il ne s’agit plus de savoir si l’Etat a le monopole de la violence légitime, comme le théorisait le sociologue Max Weber, mais de décider à quel moment il est légitime de déclencher cette violence.

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