Reconstruire Notre-Dame... Le débat est politique

Oui, sans d’ailleurs que personne ne se soucie de l’avis des catholiques sur la question... Après tout, il s’agit d’un bâtiment religieux ! Se sentent-ils dépossédés ? A moins qu’en voyant le pays, presque tout entier, se pencher avec inquiétude et passion sur le chevet de Notre-Dame, ils se rendent compte de la permanence de l’influence catholique. Eux qui constatent la déchristianisation, qui ont souvent le sentiment d’être en marge d’un monde matérialiste, s’aperçoivent que la culture chrétienne vit encore dans nos débats et nos paysages. Les catholiques sont certainement pris de sentiments ambivalents. Mais c’est l’Etat qui est en charge du financement de l’entretien de tels édifices, il est normal que le chantier de rénovation de ce symbole français dépasse le cercle des seuls catholiques.

Mais là il devient vraiment politique !

Oui, c’est impressionnant comme Notre-Dame recèle une telle force métaphorique de tous nos débats. La cathédrale arrive à matérialiser la croisée des chemins politiques à laquelle nous nous trouvons. Comment reconstruire ? Les responsables de la majorité et de l’opposition ont tous une réponse qui épouse ce qu’ils veulent incarner. Conservateurs, progressistes, anciens, modernes. A droite on considère qu’il faut reconstruire à l’identique. François-Xavier Bellamy, catholique fervent, fustige la prétention d’Emmanuel Macron d’inscrire la modernité au cœur de la cathédrale... Conservateur, Bellamy estime que, je cite : ‘nous sommes d’abord des héritiers, pas des bâtisseurs’. Le président, lui, en imposant un délai de 5 ans, restreint d’autorité le champ du débat, tout en donnant une impulsion décisive. La cathédrale ne pourra pas être refaite à l’identique, avec les mêmes matériaux et le même savoir-faire. Il faudrait plusieurs décennies. Elle pourrait, à la rigueur, comme la cathédrale de Reims, retrouver l’aspect d’avant l’incendie, grâce à des techniques et des matériaux d'aujourd’hui ou comment adapter le modèle pour qu’il dure mais sans en changer la nature. C’est aussi une option politique générale. Pourquoi vouloir se précipiter ? La gauche est divisée. Les uns estiment que l’on doit prendre le temps, ne pas soumettre le chantier aux impératifs mercantiles du tourisme de masse ou des JO de 2024. D’autres rejoignent l’idée d’Emmanuel Macron, de continuer à faire vivre cet édifice qui a toujours évolué depuis 800 ans, pour tisser le lien des générations et des époques qui ont fait Paris et la France. En lançant l’idée d’un concours international (n’est-il pas ouvert et progressiste ?), Emmanuel Macron penche pour une modernisation de la partie à rénovée. Ce débat s’annonce passionné. C’est un exercice brut, presque de laboratoire, de confrontation de visions du monde débarrassées de l’écueil du financement, d’ors et déjà réglé. Un débat bien pratique pour les politiques. En effet, il est plus facile d’exposer ses orientations sur un objet unique, chargé de symboles, que de les confronter à la vraie vie, à la complexité du monde et des questions européennes qui devraient occuper cette campagne. Le débat sur la taille, la forme et la matière de la flèche qui devra remplacer celle de Viollet-le-Duc est plus aisé à mener de façon tranché et identifié que celui sur l’euro ou la politique agricole commune. 

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