Les conditions d'emprisonnement en France sont souvent dénoncées par les organisations de défense des droits de l'homme. Hier, c'est le Conseil d'Etat qui a rappelé le gouvernement à l'ordre. Et ça fait partie des scandales récurrents, encore illustrés par le film clandestin réalisé à Fleury-Mérogis. Tout le monde sait qu'il y a deux façons de s'en sortir : réduire le nombre de peines, vider les prisons de tous ceux qui n'ont pas à y être qui attendent depuis des mois leur procès, accélérer le rythme de la justice. Ou bien construire en masse des prisons. Il faut évidemment s'engager dans ces deux voies à la fois. Ça nécessite de l'argent et alors, c'est là qu'on se dit qu'il est peut-être plus urgent de trouver les millions d'euros pour les prisons que 450 millions par an pour remplacer le manque à gagner de l'absence de publicités sur France télévision ! C'est là qu'on se dit : 15 millions de manque à gagner pour, finalement, ne pas avoir vendu l'hôtel particulier propriété de l'Etat, dans lequel s'est installé Patrick Devedjian, ministre parfaitement inutile puisqu'il est chargé de coordonner la relance. La coordination normalement, c'est le rôle d'un homme dont on ne parle plus mais qui existe toujours : François Fillon ! Ils auraient été mieux, ces 15 millions pour la réfection de ne serait-ce qu'une prison ! Nicolas Sarkozy qui aime les situations de crise en tient une ici, devant lui, à sa portée. Et à la portée de la ministre de la justice qui devrait, si elle a vraiment visité ses prisons, qui devrait faire un scandale permanent pour avoir les crédits afin que la France carcérale ne soit plus connue pour être le pays des suicides, des viols, des trafics de drogue, de la reproduction du crime et de la promiscuité. Et ce n'est pas un problème nouveau. Combien de rapports, combien de condamnations de la Commission Européenne des droits de l'homme, combien de témoignages insoutenables pour un immobilisme coupable ? Songez que la question était si grave que Jacques Chirac, en juin 2002, avait nommé un Secrétaire d'État chargé des Programmes immobiliers de la Justice - c'était l'intitulé exact. Il a lancé un programme de construction des prisons. C'est en cours mais c'est long. Le fameux ministère, lui, a fait long feu puisque Pierre Bédier, l'heureux locataire du strapontin avait dû démissionner en 2004 parce qu'il était mis en examen dans une affaire de corruption passive et abus de bien sociaux. Il n'a pas été remplacé. Heureusement, il a écopé le sursis et n'a pas encombré les prisons - ça aurait été un comble ! En juillet dernier, Rachida Dati a présenté un projet de loi carcéral en conseil des ministres qui vise à régler en partie le problème. Il se trouve qu'il ne passera pas au parlement avant mars ! Les lois sur le travail du dimanche ou sur la fin de la publicité dans le service public étaient sans doute plus urgentes ! En attendant, un sénateur UMP, Jean-René Lecerf, présentait hier un rapport sur la situation des prisons. Et il considère que le projet de loi Dati qui traine est en plus incomplet. Il propose pas moins de 95 amendements, réaffirme le principe de l'encellulement individuel, il préconise, entre autre la multiplication des peines alternatives, une vraie évaluation du nombre des détenus malades mentaux qui n'ont rien à faire en prison. Tout un tas de mesures que les observateurs du monde carcéral répètent dans le brouhaha sécuritaire ambiant. Si effectivement on pense maintenant en haut lieu qu'un secrétariat d'Etat aux droits de l'homme n'est plus utile dans la sphère diplomatique, alors il serait bon de le transférer d'urgence auprès du ministère de l'intérieur ou de la justice. Là, aucun doute, il y en a un besoin urgent !

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.