Par Jean-François Achilli

« On ne rase plus gratis »

Quelque chose a changé dans la campagne de François Hollande, qui désormais se garde bien de chiffrer la moindre de ses propositions. C’est trop dangereux…

Nous sommes en période de crise, ça n’a échappé à personne, nous mangeons de la dette et du triple A tous les matins au petit déjeuner. Chaque idée nouvelle est soumise à la logique du combien-ça-coûte. Il n’est pas question de vous abreuver de chiffres, Philippe Lefébure qui vient juste après est bien meilleur que moi. Mais quand François Hollande annonce sa retraite à 60 ans, pour les salariés ayant commencé à travailler à 18 ans, et qui ont cotisé 41 années, hop ! Un logiciel comptable est activé dans le camp d’en face: un milliard en 2012, 5 milliard en 2017, dixit l’Institut Montaigne, un club de réflexion plutôt libéral. Ça tombe bien, le PS était à peu près dans ces eaux-là. __

La polémique la plus spectaculaire a concerné la proposition faite le 9 septembre par le candidat du PS de créer 60 mille postes dans l’éducation nationale, 12 mille par an, afin de remplacer tous ceux qui auront été supprimés au cours du quinquennat.

François Hollande a estimé l’opération à 2 milliards et demi d'euros sur cinq ans, 500 millions d'euros par an. L’UMP a sorti la calculette, en avançant une facture de cent milliards dans les trente ans qui viennent. Le grand frisson. Qui dit vrai ?

Michel Sapin, chargé du programme du candidat du PS, votre invité à 8h20 Bruno, a sifflé la fin de la récré en expliquant qu’il n’y aurait pas de créations de postes, mais un redéploiement en puisant dans d’autres corps de la fonction publique. Lesquels ? Mystère.

C’est flagrant, l’équipe de campagne de François Hollande aujourd’hui ne donne plus aucun chiffre : c’est le candidat et lui seul qui s’exprimera en temps voulu, a expliqué hier soir Jean-Marc Ayrault, conseiller spécial, invité de Radio France Politique. Plus d’estimation, plus rien ! Tout simplement pour éviter de s’exposer au feu nourri de l’adversaire, qui s’en donne à cœur joie avec une armada d’experts qui déballent leurs propres chiffres, tous invérifiables, sauf pour Philippe Lefébure . Ne plus promettre sur facture, c’est aussi se protéger, en cas d’élection, quand viendra l’exercice du pouvoir. Et ses petits et grands renoncements…

Il est interdit de promettre alors ?

C’est bien là le paradoxe de cette élection présidentielle, et cela ne concerne pas seulement François Hollande, mais bien tous les candidats, Nicolas Sarkozy au premier rang : finie le plein emploi, la sécurité pour tous, la réduction de la fracture sociale, zéro SDF, ou encore travailler plus pour gagner plus. La crise avec une Europe au bord du gouffre incite désormais à la jouer « profil bas ».

C’est vrai, plus personne ne peut raser gratis. Pour cette élection, ce ne sera pas : « j’ai fait un rêve », mais plutôt : « bonjour, j’ai trouvé un bon moyen de limiter la casse ».

Les Français vont se choisir un pilote dans l’avion, ils savent déjà qu’il va naviguer à vue.

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