Ce matin, vous évoquez une dissension naissante au sein de la majorité sur le droit de vote des étrangers.

Oui, il ne s’agit pas d’un désaccord de fond, toute la majorité est officiellement favorable à cette promesse que la gauche fait (en vain) depuis 30 ans. La discorde naît, en fait, de la méthode. Et nous sommes en présence d’un cas d’école en matière de réforme. Pour faire adopter cette disposition, la majorité ne suffit pas puisqu’il faut modifier la Constitution. Il faut réunir le congrès à Versailles, députés plus sénateurs et atteindre les 3/5 des voix. Il manque 38 parlementaires à toute la gauche réunie pour y arriver. Ajoutez 6 ou 7 Chevènementistes bien nationalistes, la majorité doit donc convaincre 45 sénateurs et députés du centre ou de droite pour que la réforme soit adoptée. Dès lors, face à ce blocage, il y a deux attitudes possibles. Celle de Jean-Marc Ayrault qui dit, en substance, « à quoi bon se lancer dans un processus parlementaire si l’on sait déjà qu’on aura pas la majorité ! On risque de réactiver un débat identitaire pour rien. Mieux vaut tenter de convaincre, un à un les modérés, se donner le temps d’avoir une vraie chance de faire voter ». Ça c’est donc la position de l’exécutif. Le PS, par la voix d’Harlem Désir et de Bruno Leroux, président du groupe socialiste à l’Assemblée, est plus offensif… Il veut que le texte soit porté, au plus vite, devant le Congrès pour que démonstration soit faite que c’est la droite qui bloque cette avancée démocratique.

Pourtant Bruno Leroux et Harlem Désir n’ont pas l’habitude de dévier des positions du gouvernement !

Non, c’est pour ça que cette divergence est peut-être une forme de répartition des rôles ou alors une manière pour le PS de ne pas sombrer dans l’oubli… Mais hormis ces considérations tactiques, ces deux lignes existent réellement au sein de la majorité, celle de l’évitement et celle du sabre au clair… Elles ont un point commun : elles risquent toutes les deux d’aboutir à … eh bien, à rien du tout ! Un projet de loi jamais présenté ou une loi repoussée. Et bon débarras ! Après tout ça fait 30 ans que ça dure… Pourtant, il y a une solution! Elle est défendue par le député de Seine-et-Marne, Olivier Faure. Il doit d’ailleurs rencontrer le Président et le Premier ministre (dont il est proche) pour leur exposer son idée. Une partie des députés du centre et de l’UMP refusent d’accorder le droit de vote aux étrangers non communautaires au motif qu’il n’y aurait pas réciprocité de la part des pays d’émigration. « Qu’à cela ne tienne ! », dit Olivier Faure, intégrons la réciprocité au projet de loi. D’après lui, des pays comme le Maroc, la Turquie, peut-être même la Tunisie seraient prêts à l’appliquer pour les Français vivant sur leur sol. Il y aurait tout au moins une pression démocratique de la part des diasporas des ces pays en France, sur leur capitale, pour accepter la réciprocité. Avec la réciprocité intégrée à la loi, l’argument du lien entre vote et nationalité, déjà battu en brèche par le vote ouvert aux européens pour les municipales, tombe de lui-même. Dans ce cas, la gauche aurait une réelle chance de trouver une quarantaine de parlementaires modérés pour passer la barre des 3/5. Encore faut-il que le Président veuille vraiment tenir sa promesse…Et ça, ça reste à démontrer parce que pour l’instant on n’a pas entendu de réelles manifestations d’enthousiasme de sa part, depuis son élection.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.