Ce matin vous vous posez la question suivante : Pourquoi la gauche de la gauche disparaît-elle des radars ?

Oui, le Front de Gauche et l’extrême gauche sont en souffrance… Les sondages, les résultats des élections intermédiaires, sont cruels pour le flan de gauche de la gauche. Pourtant, on ne peut pas dire que la politique centriste menée jusqu’à maintenant porte ses fruits. Le Président, malgré une remontée cette semaine, reste largement impopulaire dans son propre camp. Et quand on sait que l’un des éléments décisifs de la campagne de François Hollande fut « mon ennemi la finance », on se dit, en toute logique, que la partie de l’opinion, qui se sent trahie devrait se retrouver chez ceux, à gauche, qui continuent à porter ce discours anti-finance ! Mais non ! Ils n’en profitent pas… En Grèce, en Italie et en Espagne, les équivalents politiques de Mélenchon ont le vent en poupe alors que notre trublion, malgré son talent de rhéteur, lasse l’auditoire, fatigue l’opinion. Ça ne tient bien évidemment pas simplement au caractère impulsif, parfois irascible du patron du Front de Gauche…

Pourquoi, alors, la crise stimule-t-elle la gauche radicale au sud de l’Europe et pas chez nous ?

Certains y voient les effets d’une droitisation de la société française. Nous serions en proie à un grand doute identitaire, en demande d’autorité, de fermeté, en pleine révolution conservatrice. La preuve : l’extrême droite se porte électoralement bien et les manifs de notaires, de patrons et d’anti-mariage gay mobilisent mieux que celles de la CGT. Cette interprétation du thermomètre est, semble-t-il, un peu trop mécanique. En fait, le mariage homosexuel est parfaitement accepté… de mieux en mieux même ! Jusqu’aux confins du FN ! La droite se raidit sur la question de l’immigration ? Rappelons que l’UDF et le RPR organisaient, en 1990, un colloque intitulé « pour une immigration zéro » où l’on affirmait que l’islam était incompatible avec la République. Ça relativise la dérive d’aujourd’hui. On dit ‘le racisme monte’ parce que Zemmour vend 500.000 exemplaires de son livre mais à ce compte-là, il devrait baisser bien plus puisque Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu, c’est 12.000.000 d’entrée ! En fait, les électeurs de gauche râlent et n’ont plus envie de voter… mais ils existent toujours ! Est-ce que ça suffit pour en conclure à une grande droitisation de la société ? Non, si la gauche radicale progresse chez nos voisins du sud, avec Podemos ou Syriza, c’est que ces pays ont (à force de purges budgétaires) largement entamé leur système de solidarité. Système qui était déjà bien moins développé que le nôtre. Nous, nous vivons (pour l’instant) une forme de rigueur budgétaire mais pas une austérité comparable à ce que se sont infligés nos voisins méditerranéens. La gauche radicale française s’est toujours située dans le cadre de l’extension et même du dépassement de notre modèle social. Nous n’en sommes plus là... Elle est donc hors sujet. Nous en sommes à tenter de le conserver. Nous sommes donc un mood conservateur au sens littéral du terme. Et avec cet état d’esprit, le parti de l’ordre a forcément plus d’audience que celui du mouvement.

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