Dans cette ambiance politique de défiance envers les appareils et les élus, la primaire la plus ouverte possible pouvait ressembler à une réponse pertinente.

François Fillon entouré de Jérôme Chartier, Christian Estrosi, Eric Ciotti et Valérie Pécresse
François Fillon entouré de Jérôme Chartier, Christian Estrosi, Eric Ciotti et Valérie Pécresse © AFP / PATRICK KOVARIK

D’ailleurs les fortes participations, en 2011 pour les socialistes et cette année pour la droite, semblent institutionnaliser le processus en un alinéa non écrit à l’article 4 de la constitution, celui qui définit le rôle des partis politiques. La primaire devient aussi indispensable pour les 2 grands partis dits de gouvernement, parce qu’avec un FN avoisinant les 30%, la qualification pour le 2nd tour de la présidentielle est impossible sans système de présélection en amont. La primaire s’impose donc comme une séquence nécessaire et démocratique. Mais en occupant plusieurs mois de la pré-campagne, elle agit, en fait, comme un avant 1er tour avec quelques effets pervers. F.Fillon, pour gagner, aura fait une campagne qui ne peut pas continuer sur les mêmes thèmes ou avec les mêmes propositions. A. Juppé, lui (et ce fut sa faute tactique, ou un risque assumé), avait fait une campagne déjà présidentielle. Il s’adressait à une très large part de l’opinion, avec l’idée que pour battre le FN ensuite, il fallait rassembler au-delà de son camp. Puisque c’était ce qu’il comptait faire en avril et mai 2017, autant le dire tout de suite, pendant la primaire. Et bien non. Cette cohérence politique fut une impasse tactique. Et c’est F.Fillon qui a su s’adresser à l’électorat spécifique de la primaire.

Mais maintenant il doit changer de discours pour s’adresser à un électorat beaucoup plus large…

Oui, un électorat surtout, aux aspirations bien plus diverses que celui de la primaire... Et, c’est un comble, il va devoir sans doute tenir un discours proche de celui que tenait Alain Juppé ! L’électorat de la primaire de la droite n’est pas la droite en petit, c’est une droite très spécifique, plus âgée et plus aisée. Il doit maintenant rassembler au-delà de son camp et se couvrir au centre où E.Macron s’installe solidement. F.Fillon entre donc dans une période de mutation obligatoire qui le rend vulnérable. C’est pour ça qu’il est la cible de tous. Il change de discours, sur la réforme du modèle social et, certainement dans les prochaines semaines, sur le nombre de postes de fonctionnaires à supprimer. Il tentera de masquer ces virages en disant qu’on avait caricaturé ses positions. C’est classique. Dans sa situation, 2 nécessités politiques contradictoires s’affrontent : Rassembler donc pondérer et apparaître inconstant ou rester sur sa ligne avec le risque de ne pas plaire au-delà de son électorat de novembre dernier. Rassembler et rester constant sont deux attitudes vertueuses mais visiblement incompatibles. Il faudra bien que F.Fillon en privilégie une et, c’est la loi du genre, on ne retiendra pas la vertu de la solution choisie mais plutôt le vice que constitue le fait d’avoir abandonné la seconde ! Mécanique infernale… Il se pourrait bien qu’on s’aperçoive, à l’usage, que la primaire est une fausse bonne idée pour rapprocher les politiques des citoyens…

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