Ce matin, le fantasme du chiffre des expulsions d’étrangers en situation irrégulière…

40 000 migrants ont dormi sur le boulevard de la Villette depuis près de deux ans
40 000 migrants ont dormi sur le boulevard de la Villette depuis près de deux ans © AFP / Michel Stoupak / NurPhoto

Oui, nous allons découvrir dans les mois qui viennent ce qu’est vraiment le macronisme en matière de politique migratoire. Le gouvernement prépare un projet de loi asile-immigration et ce n’est pas en interrogeant les parlementaires LREM qu’on peut se faire une idée. Il n’y a pas encore dans ce groupe politique, né plutôt autour d’un projet économique, de doctrine en la matière. Les 1ères circulaires émanant du ministère de l’Intérieur montrent plutôt que c’est la logique policière qui prend le dessus. On semble s’éloigner de la petite musique plus humaniste de la campagne. 

Mais, en dépit des faits, c’est toujours un souci d’équilibre qui est proclamé : mieux accueillir les réfugiés et « en même temps » renvoyer chez eux plus de déboutés. Tous les gouvernements  disent ça ! Mais la réalité reste la même : un grand nombre de migrants ne sont ni régularisés ni expulsés. 

Bien sûr, il faut réduire le délai du traitement des dossiers des demandeurs d’asile. Délai passé de 24 à 14 mois sous François Hollande et qu’il faut encore descendre à 9 ou 6 mois. Mais pour les expulsions, c’est autre chose ! Le renvoi des sans-papiers est une source de polémique inépuisable. On parle généralement de 15 à 20.000 expulsions par an. Pour augmenter le chiffre, on peut par exemple multiplier le nombre de Roumains expulsés, sachant très bien qu’ils reviendront par la route. 

Gérard Collomb s’enorgueillit d’avoir fait expulser 14% d’étrangers en plus. Un  chiffre, en réalité, très compliqué à comparer d’une année sur l’autre, surtout depuis qu’ont été rétablis les contrôles aux frontières après les attentats. Le chiffre des expulsions ne correspond d’ailleurs pas forcément au discours des gouvernements. Il n’est pas plus faible quand l’exécutif a un discours généreux sur le sujet (ce qui devient rare, convenons-en) ni plus élevé quand il se dit intraitable ! 

Donc le nombre d’expulsions  des clandestins ne peut pas vraiment évoluer

Il pourrait augmenter un peu si notre diplomatie arrivait à obtenir des pays d’origine plus de laisser-passer consulaires, c’est-à-dire si les pays d’où viennent les migrants acceptaient leur retour.  Mais même avec une – très hypothétique - plus grande acceptation des pays d’émigration et beaucoup plus de moyens de police, personne, ni dans la police, ni parmi les humanitaires, ne croit que nous pourrions renvoyer une part substantielle de clandestins chez eux. 

Ce serait ruineux et nécessiterait une politique de rafles qui nous ferait sortir de l’état de droit et créerait, en fait, plus de trouble à l’ordre public que le maintien de la plupart des clandestins. La maîtrise du flux migratoire passe par de nombreux aspects (coopération accrue avec les pays d’émigration, répression des filières) mais certainement pas par ce qui est le plus mis en avant dans les discours : l’expulsion manu militari des clandestins. 

D’ailleurs, à ce sujet, la phrase consacrée, c’est : «les clandestins ont vocation à être expulsés». « Ont vocation ! »  Ça veut bien dire qu’au fond, ce n’est humainement pas faisable à grande échelle. Le vrai courage politique serait de l’avouer et de ne plus faire du mirage de l’expulsion l’alfa et l’Omega d’un discours matamore sur l’immigration.

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