Vous revenez sur le mea-culpa du président ?

Oui, qui devra être suivi d’effet parce que la crise des Gilets jaunes a révélé un incroyable niveau de défiance et même de rejet du président. Un désamour qui ne tient pas qu’à une politique paraissant bénéficier qu’aux plus aisés. Il y a, en plus du facteur institutionnel qui concentre tout sur le président, un indéniable facteur personnel, une question d’attitude et de gouvernance sur laquelle il convient de se pencher. Avec les autres présidents, on pouvait dire ‘c’est à cause des socialistes’, ou ‘c’est à cause de la droite’ ! Là, sans parti idéologiquement enraciné, le mécontentement se concentre sur l’homme. Le macronisme, c’est Macron. La mécanique est infernale. Donc, la question, un peu grave, est : y a-t-il un problème Macron ? La réponse est évidente: Oui ! Le  détail qualitatif du sondage Odoxa pour France Inter publié hier est terrifiant pour le chef de l’Etat : 75% des Français (Plus 20% depuis de juillet) ne le trouvent pas sympathique, 88% ne le trouvent pas proche des gens, et 89% pas humble ! Ce sont, certes des questions de sentiment plus que de politique mais dans notre système si personnaliste, l’empathie est un facteur politique... elle mesure, pour une part, la capacité à réformer. C’est d’autant plus important que nos institutions protègent le chef de l’Etat de tous les aléas de l’opinion. Aucune élection intermédiaire, aucune respiration démocratique concernant l’exécutif ne peut venir le troubler, ce qui renforce l’effet Elysée-bulle-d’isolement. 

Un président à ce point mal-aimé peut-il renverser la vapeur ?

La réponse lui appartient mais sa chance c’est qu’elle est aussi contenue dans sa campagne de 2017 est dans l’analyse des raisons de sa victoire. Celles-ci sont plus claires un an et demi après. Elles sont aussi révélées par les récriminations très violentes des Gilets jaunes à l’égard d’Emmanuel Macron et le fait qu’elles entrent en résonance avec une large part de la population. Le président a politiquement et personnellement déçu. Il faut quand même se rendre compte de l’audace dont a fait preuve le peuple français en élisant un homme jeune, hors parti classique, sans expérience politique, sur une idée principalement dégagiste. Il ne s’agissait pas seulement de barrer la route à Marine le Pen, ni de dégager un personnel politique usé (ce qu’Emmanuel Macron a fait)... mais surtout de se débarrasser de pratiques politiques honnies. Et ça Emmanuel Macron ne l’a pas fait ! L’audace et la confiance populaire n’ont pas été récompensées. Emmanuel Macron devait (c’est plus facile à affirmer maintenant) ... être le président que les français ont cru choisir : un jeune homme qui se départirait des atours monarchiques du pouvoir, un homme simple, qui ne donnerait pas l’impression de jouir des ors des palais nationaux, dans une situation de surplomb olympien. Maintenant, pour reconquérir les français, il est attendu humble, simple presque austère. A-t-il compris ? Intégrer l’idée qu’il est là pour représenter les français plutôt que d’avoir l’orgueilleuse prétention d’incarner la France. Emmanuel Macron a là une bonne résolution toute trouvée pour 2019 : Se révolutionner lui-même.

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