Dans moins de 3 semaines maintenant, le premier tour des municipales ; et dans 4, un probable remaniement gouvernemental. Du coup, l'ambiance est pour le moins glaciale au sein de l'équipe Fillon. Franchement, le gouvernement, c'est L'endroit où il ne faut pas être aujourd'hui. L'endroit où l'air est irrespirable, les chausses-trappes partout, l'amitié nulle part. Forcément, c'est une affaire de contexte. Sondages pourris, image du président abîmée, prévisions de résultats électoraux municipaux catastrophiques, et prévisions de croissance aussi peu optimistes. Il y a plus réjouissant. Et puis il y a le contexte "interne", le fait que les 33 ministres ne savent pas ce qu'ils vont devenir le 17 mars au matin. Chacun suit donc dans la presse le monopoly ministériel en préparation, distillant aux journalistes ses propres rumeurs. "Vous savez qu'on donne Christine Lagarde aux affaires européennes ?" vous lâche un ministre d'un air entendu, pour vous demander quelques minutes plus tard "et moi, on me donne où ?" Et le microcosme médiatique et ministériel fait donc et refait depuis quelques jours, le futur gouvernement, plaçant et déplaçant les ministres comme des pions, les casant là, les sortant, les re-rentrant. Avec l'assurance de se tromper, mais qu'importe, ça entretient l'ambiance, d'autant qu'il n'y a plus grand chose à faire dans les ministères d'ici le 16 mars. Alors, il y a ceux qui sont droit dans leurs bottes, car sûrs de rester. Chouchous du président, ils sont un peu les "Agnan" de Nicolas Sarkozy, pour ceux qui se souviennent du "Petit Nicolas" de Sempé, les premiers de la classe qui agaçent les autres. Xavier Bertrand est l'Agnan en chef. Depuis qu'ils ont reçu telles des ontions, des signes présidentiels, Xavier Darcos, Hervé Morin, Fadela Amara ou Valérie Pécresse bichent aussi un petit peu. Il y a ceux et celles qui frétillent, Rama Yade à qui certains ont murmuré qu'elle serait une belle affiche à la Culture. Il y a les angoissés chroniques, ceux qui craignent tellement pour leur avenir qu'ils voient des complots contre eux partout. "Rachida Dati est comme ça, témoignent plusieurs de ses collègues... C'est pour ça qu'elle accompagne le président dans TOUS ses voyages officiels, même si elle n'a rien à y faire." Il y a ceux, et celles qui sont d'ores et déjà déprimés car certains d'être dans la prochaine charette. Christine Boutin ne se fait plus d'illusion, Christine Albanel a baissé les bras à la Culture. Une de ses copines du gouvernement tente bien de la secouer, de lui dire "Bats-toi! ne leur montre pas que tu es humiliée ! Fais toi plaisir pour les dernières semaines ! Trouve toi un festival aux Antilles, reviens bronzée au conseil des ministres et montre au président que tu es HEUREUSE !" mais non, le coeur n'y est plus. Il y a enfin, tous ceux qui vivent au jour le jour avec l'angoisse au ventre. On peut se moquer, se dire qu'il y a vie plus difficile, précarité plus angoissante. Et c'est vrai. Dans les usines d'Arcelor à Gandrange, de Kléber à Toul ou de Miko à Saint-Dizier, l'instabilité minstérielle ne doit pas chagriner outre mesure. Mais être ministre, c'est aussi un sacerdoce. "10 mois que je suis dans un tunnel témoigne l'un d'eux... que je suis entré à fond dans les dossiers, que je travaille 15 heures par jour, pour comprendre, apprendre, prendre les bonnes décisions, 10 mois de stress permanent à avoir peur de se tromper. Alors me dire qu'au moment où je commence à maitriser, tout peut s'arrêter, forcément, il y a un sentiment d'injustice et de vide." Grandeur et misère des serviteurs de l'Etat. Beaucoup le reconnaissent. Etre au gouvernement, c'est tuant, mais c'est une drogue. Alors l'idée d'un sevrage brutal, forcément, ça tend les rapports.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.