Ce matin, vous nous parlez de la sur-médiatisation du « papa perché » !

Oui, et malgré cet assez joli titre qui s’est imposé dans la presse, il n’y a pas grand-chose à dire d’un point de vue politique sur cette affaire elle-même. Il s’agissait d’un homme qui souffrait de ne pas voir son enfant. Mais personne, en dehors de ceux qui connaissaient le dossier, ne pouvait dire si cette situation était scandaleuse. Comme toujours on découvre petit à petit que l’affaire s’avère beaucoup plus compliquée que celle d’un pauvre papa victime d’une justice aveugle. D’ailleurs après un emballement médiatique incroyable, plus rien ce matin dans la presse, sauf pour dire que, finalement la justice a plutôt bien fait son travail ! Donc, ne parlons plus de lui mais parlons de nous ! Que faisions-nous tous au bas de cette grue, à faire le pied du même nom, à filmer et à enregistrer un activiste de sa propre cause ? On peut toujours considérer que lorsqu’un fait-divers fait la Une c’est qu’il dit quelque chose de notre société, que la révolte de cet homme recouvre les souffrances de tant d’autres… Seulement au vu des banalités d’usage prononcées à la sortie de la réunion d’urgence des ministres et des associations de pères divorcés, on constate que cette histoire n’est emblématique de rien du tout, que c’est un drame isolé et personnel qui méritait une attention isolée et personnelle ! Mais nous -les journalistes- ne sommes pas les seuls responsables du spectacle insensé du papa perché ! Jean-Marc Ayrault, en s’emparant de l’affaire et demandant à plusieurs de ses ministres de traiter directement le dossier, a cédé à une forme de politique de l’émotion et de l’événement.

Cette façon de faire, c’est exactement ce qui était reproché à Nicolas Sarkozy… ?

Oui, il y avait à l’Elysée, du temps de Nicolas Sarkozy (et visiblement aussi à Matignon aujourd’hui) une petite cellule chargée d’éplucher la presse nationale et régionale à l’affût des histoires qui pourraient être emblématiques d’une question qui touche les Français. Le but était d’anticiper un emballement médiatique ou même de le susciter et de placer le Président au cœur de l’action. Il fallait montrer qu’il était sur le terrain, qu’il se penchait sur les vraies préoccupations des Français, et qu’il (comme il disait) « mouillait sa chemise ». La critique de cette façon de faire de la politique consistait à dire que ce n’était pas du niveau du Président. Aujourd’hui c’est le Premier ministre qui agit ainsi. On pourrait estimer que le chef du gouvernement est dans son rôle et qu’il est proche du terrain. Mais il n’en est rien. La mobilisation des ministres n’aboutit pas au règlement du cas du papa perché que -fort heureusement- seul un juge est habilité à examiner. Dans bien des cas comparables (souvent des questions de sécurité) les suites de l’activisme de terrain de Nicolas Sarkozy n’étaient pas suivies d’effet. Parfois il annonçait une prochaine loi… une de plus. La plupart du temps, le projet de loi restait à l’état d’annonce. Ce n’est ni au Président, ni au Premier ministre, ni au ministre concerné de traiter de ce genre de dossiers (le cas par cas) mais à la justice, à la police ou aux services sociaux. Le niveau d’implication de l’exécutif dans un événement ne devrait pas être fonction du nombre de caméras qui couvrent l’événement…Mais plutôt en rapport avec sa dimension globale, politique, économique ou sociale.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.