Le 49.3 qui devrait relancer, dites-vous, le débat sur la proportionnelle.

Oui, comme l’a fait François Bayrou, ici même, hier au micro de Léa Salamé. Il faut dire qu’on ne peut pas ne pas se poser sérieusement la question de l’état de la représentation nationale. Nous avons réentendu les propos de François Hollande en 2006 : « le 49.3 est un déni de démocratie ». Et pourtant, ce déni de démocratie est le seul moyen dont dispose l’exécutif pour réformer un tant soit peu ! C’est bien la preuve qu’il faut changer quelque chose. Changer la constitution ?… ce n’est pas possible pour l’instant. Il n’existe pas de majorité des 3/5émes du Congrès (c’est-à-dire des députés et des sénateurs réunis) pour modifier la loi fondamentale. En revanche une loi suffit pour changer les modes de scrutin. Nous avons la preuve (s’il en était besoin) que la politique que souhaite mener le Premier ministre (qui est responsable devant le parlement) ne dispose pas d’une majorité adéquate. C’est dû, en partie, à une tromperie politique. Un discours, avant les élections, une action différente après. Mais c’est dû aussi à notre mode de scrutin qui favorise la bipolarité partisane et l’affrontement des blocs sur la possibilité de compromis. Manuel Valls le dit lui-même, il y a une majorité, dans le pays, pour approuver la loi Macron. Il s’appuie sur des sondages ! Mais, jouer l’opinion contre le parlement, c’est, en réalité, une définition du populisme. S’il y a une majorité pour appuyer les réformes économiques du gouvernement, c’est que notre système de représentation majoritaire est obsolète.

Ce mode de représentation assure quand même la stabilité de la majorité ?

Mais à quoi bon avoir une majorité stable si elle est inopérante, impotente ? La stabilité d’un cul-de-jatte n’a aucun intérêt pour courir le 100 mètres ! La IVème République, même instable, a quand même reconstruit la France entre 1946 et 1958. Et puis, il y a tout ce qu’il faut dans la Véme République, notamment la menace permanente de dissolution de l’Assemblée par le président, pour inciter les parlementaires, même élus à la proportionnelle, à ne pas abuser du « lancer de Premier ministre » ou du « chamboule-tout de gouvernement ». La proportionnelle (accessoirement promesse du candidat Hollande) serait soutenue par les écologistes, une bonne partie du PS, le Front de Gauche, les centristes et le FN. Elle ne peut être qu’intégrale car sinon il faudrait se lancer dans un redécoupage de circonscriptions, politiquement explosif. Elle aurait l’avantage de permettre que l’on réduise le nombre de députés à 400 par exemple, comme le propose d’ailleurs, Claude Bartolone, le président de l’Assemblée. Avec la représentation proportionnelle, nous n’aurions pas le déphasage entre le Premier ministre et la majorité parlementaire comme aujourd’hui. Chacun se sentirait représenté. Le FN compris. Celui-ci ne pourrait plus jouer au paria. Il devrait se prononcer précisément sur chaque texte. Il ne pourrait plus jouir avec autant de facilité de son a-responsabilité qui lui permet, actuellement, de dire tout et le contraire de tout à bon compte.

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