La loi El Kohmri… un cap déterminant est franchi par le président.

Oui, on peut dire, qu’avec la loi El-Khomri sur le code du travail, qui vient s’ajouter au débat sur la déchéance de nationalité, François Hollande entre dans une forme de cohabitation avec sa propre majorité. Avec la déchéance, ou en est-on ? Le texte est au Sénat. Le Sénat, à majorité de droite, va le modifier pour le remettre à peu près conforme à ce que voulait le président le 16 novembre. Et l’Assemblée nationale, de gauche…va le refuser. Comme dans une cohabitation ! Sur la Loi El-Khomri, sujet du jour, la gauche, dans sa grande majorité, est contre. Manuel Valls envisage de la faire adopter en force, à l’autorité, c’est-à-dire par le 49.3. Le président serait plus enclin à trouver un accord. Mais avec qui ? La gauche, quitte à édulcorer le projet ? Ou plutôt une partie de la gauche et une partie de la droite qui ne pourrait pas s’opposer à ce qui constitue pour elle une réelle avancée libérale ? Dans ce deuxième cas, on serait dans le fameux « dépassement de la ligne gauche-droite » dont beaucoup parlent en ce moment. Il y a quelques semaines je pointais dans un édito les grands mots, les discours forts sur cette question de réforme du code du travail, les propositions tranchantes d’Emmanuel Macron et les actes atténués, édulcorés, en constatant ce qui se profilait. « Grand diseux, petit faiseux » comme d’habitude sous N.Sakozy puis F.Hollande.… Mais je me trompais. En réalité, que l’on soit pour ou contre cette réforme, il nous faut remarquer que les mots d’Emmanuel Macron sont finalement, au regard du texte proposé, suivis d’effet. Il y a cohérence entre le discours et les actes… Mais ce discours et ces actes sont maintenant en contradiction avec la philosophie générale de ce pourquoi François Hollande a été élu ! Le président ne peut pas être en adéquation, en même temps, avec ce qu’il avait promis et ce que dit son ministre de l’économie depuis des mois. Choisir l’une des deux cohérences c’est en trahir l’autre… Il a choisi.

Quitte, donc, à provoquer une crise politique dans son propre camp !

Oui, en fait, le François Hollande libérale, agit, pour le moyen terme. Il indique clairement quel sera (quel serait) l’axe de sa proposition politique pour un 2nd mandat. Et cette direction n’est pas étonnante compte tenu, de ce qu’il croit profondément sur ces questions, mais aussi, et surtout compte tenu du paysage politique qui se dessine en cette année préélectorale. Il est fort probable que le prochain président sera élu contre Marine Le Pen. C’est-à-dire qu’il va devoir recueillir des voix de gauche et des voix de droite ! Et s’il ne veut pas trouver un pays en pleine crise de nerfs, il lui faudra être bien, très bien élu. Il lui faudra battre à plat de couture l’extrême droite. Chaque prétendant sérieux à l’Elysée à cette obsession. C’est bien sûr une configuration idéale pour un candidat de droite modérée, mais qui oblige le candidat de la gauche (quel qu’il soit), s’il veut saisir sa toute petite chance, à se recentrer sans complexe. C’est ce que tente de faire François Hollande en proposant un texte ainsi idéologiquement positionné. Et puis, souvenez-vous, les deux seuls présidents de la Vème République, qui se sont fait réélire au suffrage universel, F.Mitterrand et J .Chirac, l’ont été dans le cadre d’une cohabitation…

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