Emmanuel Macron s’est rendu à Mulhouse pour présenter sa stratégie de lutte contre le communautarisme et « le séparatisme » dans la République. Le Président amorce son virage régalien, vers une troisième voie entre "vallsisme revisité" et "sarkozisme soft".

Emmanuel Macron à Mulhouse : comment parler "séparatisme" sans séparer les Français ?
Emmanuel Macron à Mulhouse : comment parler "séparatisme" sans séparer les Français ? © AFP / JEAN-FRANCOIS BADIAS / POOL

Et tout se résume peut-être à une scène, cet échange, lors d'une déambulation à Mulhouse, dans le quartier de Bourtzwiller… Quand Madjib, un habitant, lui demande : 

- "Mais pourquoi vous venez à Mulhouse pour parler séparatisme ? (...) Il n'y a pas de gros problèmes ici..." 

- "Ah mais je viens aussi pour parler du positif !"

Emmanuel Macron, piqué au vif… Non, il n’est pas venu jouer la rediff' du karcher sarkozyste, il n'est pas là pour lancer un nouveau ministère de l’identité nationale. C’est là toute la difficulté. Tant de politiques et de candidats sont déjà venus jouer les matamores qu’il y a du doute, que les gens s’interrogent sur les arrière-pensées symboliques d'une telle opération. 

« Ni naïveté ni stigmatisation », répète Emmanuel Macron, qui conclut sur une nouvelle déclinaison, revisitée et régalienne, du « en même temps » : je suis « fraternellement autoritaire ». Depuis 2015 et ses joutes avec Valls, on sent que le Président a fait sa mue… Il revisite son logiciel, sans renier sa foi dans une France multiculturelle, d’ailleurs s’il préfère le mot « séparatisme », c’est parce qu’il assume sa conviction que la France est faite de communautés. L'Etat est laïc, pas la société. 

Il se sait sur un terrain glissant, alors Emmanuel Macron prend beaucoup de pincettes et de précautions de langage avant d’entrer dans le vif du sujet. Des imams sous influence qu’il va falloir former et contrôler (le CFCM est prié de se bouger et vite !), des financements de mosquées qu’il va falloir tracer, un ultimatum aux Turcs sur les cours de langue dispensés en France.

Ce sont des gages électoraux donnés juste avant les municipales ? 

C’est un virage régalien qui enjambe les élections, mais bien sûr personne n’est dupe de la manœuvre… Avec le risque de passer pour un Sarkozy version soft… Une triangulation pour aller chercher les voix de la droite et raffermir son socle. Mais quoi qu’il dise, ça ne sera jamais assez pour les Républicains. Eux n’accepteront jamais d’être concurrencés sur ce terrain-là. En quoi le CFCM est-il un interlocuteur valable ? Pourquoi l’imam que Mickael Harpon a fréquenté avant de massacrer ses collègues de la préfecture de police, est-il toujours sur le sol français ? Voilà les questions que posent les LR. 

Quant à Marine Le Pen et au RN, ce qui est troublant, c’est que la démarche est quasi inverse… Plus Macron s’aventure sur le régalien, et plus Le Pen investit les questions économiques, les retraites, les méfaits du libéralisme. Au moment où Emmanuel Macron débutait son discours à Mulhouse, Marine Le Pen tweetait sa joie de voir Alstom racheter le canadien Bombardier. 

Et si, à force d’être hanté par le spectre de la jospinisation, Emmanuel Macron se trompait de stratégie ? De bons résultats économiques balayés par les angoisses identitaires et sécuritaires des Français, le fiasco de 2002. En Marche a peur de revivre la même chose 20 ans après. 

Mais la « fraternité autoritaire » théorisée hier est-elle audible ? Par qui ? Les "fraternels" n’iront-ils pas voir à gauche, et les "autoritaires" à droite ? Eternel dilemme politique de l’original et de la copie. Emmanuel Macron n’a pas encore tout dit. La semaine prochaine, nouveau déplacement, nouvelle déclinaison de son plan anti-séparatiste. Virage perlé. De la difficulté à définir le macronnisme quand les petits cailloux ne sont tous pas semés en même temps. 

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