La diversité, c'est le thème de l'édito politique ce matin pour cette journée spéciale "Diversité" sur France Inter. Et puisque nous sommes tous, obamistes sans retenue, vous avez remarqué que la grande question à la mode c’est : « Est-ce possible en France ? » Est-il né le Obama Français ? On s’interroge à la façon de Brassens qui se demande s’il est encore debout le chêne de son cercueil ? Est-il, en ce moment au collège, au lycée le premier président français issu de la diversité ? Est-il encore au Mali, au Maroc ? Est-il déjà à science PO ? Est-elle ministre ? S’il a déjà des responsabilités en politique, alors il fait peut être parti des 8,71% d’élus municipaux socialistes issus de l’immigration ou des seulement 3,44% de l’UMP. C’est vrai, la valeur symbolique du casting gouvernemental voulu par Nicolas Sarkozy est efficace puisque, selon les enquêtes d’opinion, mesdames Yade, Amara et Dati sont parmi les personnalités les plus populaires de la majorité. Les Français sont donc prêts à accepter la diversité en politique. Mais ce qui pêche c’est, bien sûr, le processus de fabrication des élites qui fonctionne en vase clos. Tous ces constats deviennent des poncifs du commentaire politique, mille fois rebattus. Il faudrait maintenant passer du symbolique à la pratique. Et il y a eu une petite péripétie politicienne, ces dernières semaines, qui en dit long sur cette difficulté qu’ont parfois les chefs politiques à franchir ce pas. Quand Rama Yade a refusé de prendre une tête de liste UMP pour les européennes, Nicolas Sarkozy n’en est pas revenu de tant de toupet. C’est étrange qu’on ne puisse pas comprendre que Rama Yade a d’abord peut-être besoin de briguer un mandat souverain, régional ou législatif, bref de s’enraciner sur le terrain. Parce que le parlement européen c’est le triangle des Bermudes de la diversité. S’y sont déjà perdu Harlem Désir, Kader Arif, Takia Saïfi ou Margie Sudre ! Pourquoi ne sont-ils pas députés et donc au cœur des débats nationaux ? Yazid Sabeg est le commissaire à la diversité et à l’égalité des chances. A quoi peut-il servir ? Déjà à être sûr que ses idées et ses ambitions pour promouvoir l’égalité des chances et la diversité soient incarnées et c’est une bonne chose - ça nous conduit vers un autre débat qui, en réalité, est le même : Doit-on mettre en place des systèmes de bourses ou de quotas pour que les enfants de la cité des Quatre-Mille ou de La Courneuve puissent intégrer les grandes écoles ? Ou faire en sorte que plus personne ne soit ghettoïsé au Quatre-Mille ou à La Courneuve ? Autrement dit, la racine du mal n’est-elle pas d’abord dans l’habitat, l’urbanisme, l’aménagement du territoire ? Le vrai ministre de la diversité, c’est le ministre du logement ou de la ville ! Mais la fameuse règle selon laquelle les municipalités doivent tendre vers les 20% de logements sociaux est de moins en moins contraignante et contournée par les communes riches qui font preuve d’un égoïsme coupable. Est-ce que le fait d’avoir retiré, la semaine dernière, la politique de la ville au ministre du logement pour la donner au ministre des affaires sociales est un signe qui peut laisser espérer une politique en faveur de la mixité sociale ? Je crains que ce ne soit juste le résultat d’une incompatibilité d’humeur entre Christine Boutin et Fadela Amara. L’objectif de la mixité sociale dans la ville semble abandonné, on le voit par exemple avec la fin de la carte scolaire. Donc, imaginons que notre Obama français soit aujourd’hui quelque part en maternelle dans une ZEP de Seine-Saint-Denis, il faudra qu’il affronte la violence, qu’il traverse le désert culturel. Plus tard, il faudra qu’il falsifie son adresse, ne serait-ce que pour trouver, en troisième, son stage d’une semaine dans une entreprise. Puis, encore plus tard, une fois entré en politique, il faudra qu’il évite d’être en charge de la jeunesse, du sport ou de l’intégration, il faudra qu’il soit beau et populaire sans être un people. Plus tard encore, il faudra qu’il évite le front de l’Est, c'est-à-dire le Parlement européen, et ce ne sera qu’un début ! Le petit Obama français existe sûrement, mais il n’est pas arrivé !

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.