Oui, parce que Michèle Alliot-Marie a représenté, ces derniers jours la réal-politique la plus fermée et pusillanime. La ministre des affaires étrangères incarnait cette vieille diplomatie sans âme, qui fait fi des principes qu’est censée défendre la France. Cette diplomatie qui a peur de la démocratie des autres et ne jure que par la stabilité de régimes durs donc rassurants. Jusqu’à dimanche dernier, Michel Alliot-Marie disait, je cite son interview dans le JDD : « la France est tenue à une certaine réserve » alors que depuis plusieurs jours, les Etats-Unis envoyaient des messages de sympathie aux manifestants qui ne réclament que la démocratie… Une « certaine réserve » voilà à quoi se réduisait le message de la France qui a elle-même fait la révolution et se targue d’être le pays des droits de l’homme... Alors tout le monde tombe sur Michèle Alliot-Marie parce qu’en plus, dans son style un peu raide, martial, avec son parler qui semble ne pouvoir exprimer que la raison d’Etat, elle personnifie à merveille la diplomatie que voulait bannir Nicolas Sarkozy avant son élection. Parce que finalement ce message n’est autre que celui de Nicolas Sarkozy. Et pour bien mesurer ce que l’épisode tunisien représente de renoncement et d’alignement pour le président, il faut rappeler ces phrases qui datent de sa campagne de 2007 : « Je veux être le président des droits de l’homme, je ne crois pas à la réal-politique qui fait renoncer à ses valeurs. Le silence est complice, je ne veux être complice d’aucune dictature. Avoir des principes sans les défendre ce n’est pas être fidele à l’histoire et à l’identité de la France ». Fin de citation. C’était des « propos de campagne » !Et c’est là que nous sommes responsables, nous les journalistes. Non pas d’avoir été silencieux sur le régime de Ben Ali. Tous les reporters qui sont allées en Tunisie savent que c’était l’un des pays les plus fliqués. Nous savions que c’était une dictature et de nombreux articles, livres et reportages dans la presse écrite, à la télé et à la radio le disaient et le répétaient. Combien d’opposants sont en France depuis des années et le disent ? Là, il faut distinguer d’un coté la presse, les associations de défense des droits de l’homme, certains partis politique comme les écologistes et de l’autre, les responsables politiques des partis plus classiques de gouvernement qui ont toujours préféré le « différentialisme », la rassurante stabilité d’un régime laïque autoritaire sans imaginer qu’il puisse y avoir des aspirations démocratiques et laïques à défendre en Tunisie et ailleurs. Notre responsabilité (à nous la presse) réside plutôt dans le fait de n’avoir pas assez tanné, harcelé les responsables politiques sur cette question, dans le fait de considérer qu’il y a des « propos de campagne » et que ce sont des propos hors-sol, qu’ils ont un statut à part. Ces propos de 2007 sur la diplomatie, très forts, enthousiasmants et si vite trahis, voila qui explique aussi la défiance envers le président. Aujourd’hui Nicolas sarkozy dit « quand je suis intervenu pour demander au président Gbagbo de quitter le pouvoir après sa défaite, on me reprochait mon interventionnisme et maintenant, sur la Tunisie, on me reproche mon silence ». C’est le fameux argument selon lequel « quoi que je fasse, on me critique ». Or, c’est faux, quasiment personne n’a critiqué la position de la France sur la Côte d’Ivoire, au contraire. On devrait rappeler en permanence au Président ce qu’il a dit en 2007. Dans tous les domaines d’ailleurs. Il en va de la crédibilité, non seulement des hommes politiques, mais surtout, de la politique tout court.

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