Ce matin, vous vous intéressez au cas Mélenchon.

Oui, Jean-Luc Mélenchon, en ce moment fait sensation… Une émission de télé réussie, et des meetings pleins, le candidat du Front de gauche ne fait pas encore de vraie percée dans les sondages, n’est pas encore à la table des quatre grands mais il grignote la nappe et rêve de renverser leur vaisselle. Il apparaît comme un candidat déterminé, efficace, ayant déjà un programme bien ficelé. Il est en place, sa stratégie et son message sont clairs. Il adapte le discours protestataire de gauche à la crise actuelle. Il tente d’imposer le thème de la résistance face aux agences de notations avec, par exemple, cette manifestation improvisée, la semaine dernière qui, c’est vrai, avait plus à voir avec Don Quichotte face aux Moulins qu’avec Jean Moulin lui-même… Mélenchon est maintenant le seul maître à bord sur son territoire politique. L’extrême gauche trotskiste a disparu des radars et le PC semble avoir bien intégré une de ses phrases fétiches d’autocrate éclairé : « l’option selon laquelle j’obéis n’existe pas ». Jean-Luc Mélenchon a fédéré toutes les sensibilités de la gauche de la gauche sans pour autant opérer de synthèse lénifiante ou aplanissante. Des syndicalistes de Solidaire à ATTAC en passant par la petite poignée de bourdieusiens de l’Acrimed… Ils y sont tous. Il a imposé ses thèmes, tranché quitte à faire trembler certaines chapelles. Ainsi, en vantant une nouvelle croissance écologique il a dû affronter l’idéal productiviste et pro-nucléaire du PC. Il n’évite cependant pas quelques contradictions de forme puisque cette évolution idéologique moderniste ne l’empêche pas de cultiver l’imagerie sépia militante ouvrière. Il n’aime rien tant que de se faire photographier debout sur un établi haranguant des travailleurs dans une usine, façon Jaurès le poing en avant.

Il est quand même assez atypique dans cette partie de la gauche !

Oui, c’est universitaire, ancien sénateur socialiste qui fut aussi un ministre discipliné et poli de Lionel Jospin et il a quand même réussi ce tour de force d’imposer sa vision laïcarde-ultra, cocardière et jacobine a une partie de la gauche composée aussi d’internationalistes et de communautaristes. Il s’amuse intérieurement, en bon républicain rouge, à fustiger les langues régionales et à faire chanter la Marseillaise à des assemblées de gauchistes tendance libertaire. Il est calculateur, malin, agressif, d’une mauvaise fois assumée mais il est aussi érudit et structuré. C’est certainement (peut être avec François Bayrou) le candidat le plus cultivé en lice pour cette élection. Son public accepte tout de cet homme qui possède une denrée de plus en plus rare : du charisme. Il peut éructer avec la finesse d’un doberman affamé contre Marine Le Pen, la traiter de « semi-démente », puis, juste après, verser dans un humanisme béat en citant du Victor Hugo ou en se demandant comment on peut être heureux au milieu d’un monde malheureux. C’est un tribun qui ne craint pas d’en faire trop. Il semble combiner deux dictions populaires : « le ridicule ne tue pas » et « ce qui ne te tue pas te rend plus fort ». Avec Mélenchon parfois, « le ridicule rend plus fort ». Mais ça passe parce que ce n’est pas artificiel et parce que ce passionné de la gauche sud-américaine et de grand large va quand même chercher son inspiration dans les profondeurs de la culture politique française, révolutionnaire, dans l’histoire des luttes sociales qu’il connaît parfaitement.

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