Le thème de l’antisystème toujours très présent dans la campagne…

Oui, et quand on se penche un peu sur le sujet, on comprend vite que c’est très largement une belle arnaque. C’est à croire qu’il n’y aura, en lice pour 2017, que des candidats antisystème. Depuis quelques années, il en va du système comme de l’enfer, chez Jean-Paul Sartre, « le système c’est les autres ». Le 1er à avoir enfourché le cheval fougueux de l’antisystème, c’est Jean-Marie Le Pen, dans les années 80. Il n’inventait rien, il reprenait la vulgate de l’extrême-droite des années 30 contre le système de la finance apatride et forcément juive. L’antisystème a cette origine et ce mauvais fumet. Le Pen était plus allusif, bien sûr, et combattait ce qu’il appelait l’establishment. Un mot anglais pour bien montrer l’influence néfaste du libéralisme anglo-saxon. L’establishment regroupait dans son esprit les médias, la finance et les partis institutionnels de la (je cite) «bande des 4» : PC/PS/UDF et RPR de l’époque. L’antisystème est très pratique, parce qu’il dénonce un conglomérat assez nébuleux, un ennemi fantasmé incapable de se défendre puisque personne ne se sent personnellement visé. En dénonçant le système, on ne risque pas de se retrouver dans un débat face au président de SOS système ou de Touche pas à mon système.

Et comme ça marche tout le monde se met à faire de l’antisystème !

Emmanuel Macron a une démarche dite antisystème puisqu’il se présente en dehors du système des partis établis et crée son mouvement, son propre système, qui a pour lui d’être tout neuf mais qui n’a encore rien prouvé sur sa capacité à représenter et proposer un projet cohérent. Ce sera l’affaire des semaines qui viennent. Marine le Pen dit s’attaquer à un système plus global et dominateur : le mondialisme défendu par les médias, les banques et le système politique (attention pas les institutions, le FN est depuis peu devenu très favorable à la Vème République.) François Fillon, lui, a repris le flambeau antisystème de Nicolas Sarkozy (oui, parce que Sarkozy, pourtant président du système, se vivait comme l’homme du peuple contre l’élite). Fillon dénonce volontiers la bienpensance dominante du système qui imposerait son terrorisme intellectuel, son politiquement correct, à une majorité silencieuse détentrice du fameux bon sens (ou du sens commun). Jean-Luc Mélenchon, l’insoumis, est seul, glaive au poing, contre un système économique et politique dont les journalistes sont les valets zélés. En pointe contre un système décidément protéiforme, il y a donc une héritière de manoir à Saint Cloud (qui a aussi hérité de son parti politique), un ancien conseiller élyséen, proche de tous les détenteurs des manettes des rouages économiques et étatiques, un ancien 1er Ministre, qui fut élu député à 26 ans, un ancien mitterrandiste béat, longtemps sénateur. Mais après tout, souvent les révolutionnaires, depuis 1789, faisaient partie de l’élite. Seulement là nos contempteurs du système ne proposent, en fait, aucune vraie révolution ! La solution, pour en finir avec ce concours bêtifiant du « qui sera le plus antisystème », elle est à la fois simple et impossible, il faudrait réussir à ne prendre en compte dans le temps du débat qui nous reste (90 jours) que ce que les candidats proposent et taire, ignorer (parce qu’on le connaît par cœur) ce qu’ils dénoncent !

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