Cette semaine a apporté des éléments…

Oui,  enfin des éléments (le discours de Calais sur l’immigration et l’arrêt  de NDDL) qui prouvent surtout que le macronisme n’est pas encore tout à fait abouti. Dans les 2 cas, on est frappé par l’absence de sens  (sens, direction et sens signification). Sur ces sujets le président  aurait très bien pu prendre des décisions inverses sans se déjuger. Ce  sont simplement des choix frappés au coin du pragmatisme. Quand Nicolas Sarkozy agissait sur l’immigration, il y  mettait de l’idéologie, en liant ce sujet à celui de l’identité.  Emmanuel Macron, lui, dit simplement qu’on ne peut pas accueillir tout  le monde. Son action ne nous dit pas si, pour lui, la société française devrait préserver son identité traditionnelle ou s’il  est favorable à une société multiculturelle ou métissée. On ne sait pas…  Sur NDDL, c’est sans doute la solution la plus sage qui a été choisie.  Mais derrière ce choix, aucune prétention idéologique. Le couple exécutif ne dit pas, par exemple, que l’arrêt de  NDDL est cohérent avec l’idée de la transition énergétique. Ce n’est  pas, pour eux, une décision écologique, juste pratique. C’est frappant  –et révélateur de la volonté de sortir de la crise de l’impuissance publique - comme le gouvernement cherche à faire  reconnaitre sa valeur non pas sur le sens de son action mais sur le fait  qu’il agit. Ce mot « pragmatisme » a une teinte positive parce qu’il  dit que la décision est prise pour son efficacité opérationnelle, pas pour aller vers un quelconque idéal. Il y a un effet  en contraste valorisant avec les impressions de bougisme sarkozyste et  de «stagnisme» hollandais, 2 présidents partisans, qui donnaient du sens  à leur action, mais qui étaient impuissants. La capacité à agir est survalorisée par le gouvernement… 

Exagérée, diriez-vous ? 

Parfois…Sur  NDDL, Edouard Philippe se vante d’agir là où les autres avaient  prudemment attendu. Soit, mais il en était juridiquement obligé puisque l’utilité publique courait 10 ans et nous arrivions au bout.  Même François Hollande… et même Henri Queuille, l’auteur de «il n’y a aucun problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout»  , aurait pris une décision tranchée en ce mois de janvier. Mais,  globalement, cette majorité semble agir sans entraves ni tabous. Au fond, tout se passe comme si la politique française, faite  d’affrontements idéologiques et symboliques permanents,  avait besoin  d’un moment d’action purement pragmatique sur les questions de société  et les sujets régaliens. Tant qu’Emmanuel Macron ne nous a pas montré quel est le sens profond de son action (des précisions sur  l’écologie, sur la laïcité, entre autres), le macronisme apparaitra  comme un moment d’action pragmatique mais de repos politique,  résultat d’une  grande lassitude de nos traditionnels affrontements conceptuels,  abstraits, qui ne généraient plus que de l’agressivité, du conflit  autobloquant et des débats détachés de la réalité de nos vies. Alors,  pragmatique (le terme est d’ailleurs revendiqué), c’est déjà pas mal. Mais on peut douter que le président se contente de  ce rôle idéologiquement émollient… Il va quand même falloir un jour  définir quel est le but, le sens, de tout ce pragmatisme.  

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