Le gouvernement a décidé hier de doubler le montant de l'aide alimentaire aux plus démunis. Et pendant ce temps, un homme au gouvernement s'attache exclusivement à tenter de résoudre la pauvreté en France. Rude tâche... C'est le seul au gouvernement à être ce qu'il appelle "mono produit", il n'a qu'une chose à vendre, qu'un concept à rendre concret : le RSA, revenu de solidarité active, destiné aux pauvres et travailleurs pauvres, le montage a pour objectif d'assurer à tous des moyens convenables d'existence en incitant à la reprise du travail. Martin Hirsch sait exactement à quelle heure, le 24 avril dernier, lors de l'interview télé de son premier anniversaire à l'Elysée, Nicolas Sarkozy réaffirme que le RSA sera généralisé courant 2009. 21H17. Martin Hirsch sait exactement à quelle heure jeudi dernier, toujours à la télé, François Fillon répète la même chose. 22H37. Il faut dire que le Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté se réjouit bruyamment à chaque fois qu'il entend quelqu'un, quelqu'un de haut placé soutenir publiquement son bébé. C'est une loupiotte de plus qui s'allume, mais il ne se fait aucune illusion. Tant que ce n'est pas fait, ce n'est pas fait, et il est convaincu que tout peut venir gripper la machine avant que le RSA ne soit en place. Le financement, rien n'est arbitré. Le calendrier, chaque retard est une menace. Il s'agace parfois qu'on lui demande à lui, donc aux pauvres, de devoir faire la preuve de l'efficacité de son système, le RSA est en place à titre expérimental dans 34 départements pour voir si ça marche vraiment, quand on n'a pas les mêmes exigences pour des mesures qui favorisent les riches. Ou, lorsqu'il explique que certes, faut mettre de l'argent au début, mais qu'après, des pauvres moins pauvres, ça rapporte, on lui rétorque qu'il n'est pas légitime pour enclencher une telle dynamique. "On ne s'est pas posé autant de questions sur les heures supp" grince-t-il en sourdine. Seul ministre de mission dans ce gouvernement, Martin Hirsch se définit lui même comme le lobbyiste en chef du RSA. Sans administration, sans poids politique, il compte ses soutiens, Sarkozy, Fillon, Bertrand son ministre de tutelle, heureusement c'est le triangle d'or aujourd'hui. Et il tente de convaincre tous les autres, les collaborateurs, plus rétifs, les conservateurs de l'UMP et du gouvernement, les amnésiques à gauche, qui ont oublié que le RSA faisait aussi partie de leur programme présidentiel, mais - parce qu'il pourrait être réalisé par un président de droite - préfèrent le combattre. A chaque parole imprudente de leur part, Martin Hirsch leur envoie un petit SMS "Tu veux que je rappelle à tout le monde ce que tu promettais il y a 1 an ?" "Entre 2003 et 2005, les travailleurs pauvres ont augmenté de 23%, et moi j'ai la solution" affirme le ministre. La seule, qui prenne en compte la pression qui pèse sur les travailleurs peu qualifiés dans une économie globalisée, la seule qui parle plein emploi et lutte contre la pauvreté. Martin Hirsch a trouvé un argument, qui pourrait porter, "je suis aussi le seul à donner d'un coup 1 milliard 5 d'euros de pouvoir d'achat aux Français". Bon d'accord, ce sont des pauvres, mais le pouvoir d'achat, ça, ça pourrait faire tilt, électoralement, c'est assez vendeur. Convaincu que son RSA ne verra le jour que s'il est vendu de manière non clivante, d'ailleurs c'est une conférence du "consensus" qui devrait en délimiter les contours avant le mois de juillet, Martin Hirsch est le plus opiniâtre mais aussi le plus discret des ministres. Discret parfois jusqu'à l'absence. Sur les 35H, le détricotage du droit du travail ou les menaces qui pèsent sur les remboursements maladie et qui forcément toucheront les plus démunis, Martin Hisch reste coi. Quand on est mono-produit, on préfère ne pas regarder ce qui se passe ailleurs.

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