La semaine dernière, la question à la mode c’était : le PS va-t-il disparaître ? Est-il mort ? Le sens de la question était de savoir s’il allait être remplacé par un autre parti. Mais l’exemple d’Europe écologie nous amène à reposer la question non seulement pour le PS mais pour tous les partis. Et là, il ne s’agit plus de se demander si un parti sera remplacé par un autre, mais si LE parti, la forme d’organisation partisane classique, est morte ou du moins est en train de mourir. Europe écologie, est-il du côté des écologistes - l’exemple précurseur de ce que seront les organisations politiques de demain ? En analysant de près les évolutions de la vie partisane de ces dernières années, on s’aperçoit que la question est pertinente. Europe Ecologie n’est pas un parti. Ce n’est pas une fédération de partis, comme a pu l’être l’UDF, ce n’est pas un rassemblement comme l’est l’UMP. Ses concepteurs expliquent que c’est un mouvement. Ils revendiquent le fait de s’inscrire dans une démarche dite « mouvementiste ». C’est une formulation volontairement très large, qui n’implique pas de forme précise et, surtout, qui intègre le côté possiblement éphémère. Un mouvement suggère aussi que son objet est d’obtenir des résultats politiques mais pas forcément - ou pas uniquement - par l’accession au pouvoir (voir l’action de Nicolas Hulot, par exemple). Le parti vert a accepté, aux vues des résultats inespérés d’Europe écologie, et parce que Cécile Duflot, la patronne des verts n’est pas rongée par l’ambition personnelle, de se laisser ingérer par ce mouvement. Ce mouvement n’a pas de structure pyramidale, il n’a pas de militants encartés, pas de parlement, pas d’exécutif. Et pourtant, il va falloir qu’il s’organise pour les régionales. Ce sera compliqué. Les écologistes français ne nous ont pas habitués à l’efficacité institutionnelle. Faire des listes pour les Européennes est un jeu d’enfants, à côté de la confection de listes pour les régionales avec stratégie d’alliances entre les deux tours. Ça se fera de façon décentralisée, région par région. Et c’est là que l’on verra si un mouvement aussi peu hiérarchisé, aussi éclaté et qui intègre des personnalités, des partis classiques et des associations, peut être efficace dans la vie partisane. Internet joue un grand rôle dans cette nouvelle façon de faire de la politique. L’internaute engagé devient plus important que le militant encarté. C’est vrai depuis les primaires Démocrates aux Etats-Unis en 2004 avec les réseaux mis en place par le candidat Howard Dean. Ce phénomène est apparu chez nous avec les sites Désir d’avenir de Ségolène Royal et, bien sûr, était au cœur de la campagne de Barack Obama. Nicolas Sarkozy qui, dit-on, ne savait pas envoyer un mail, est maintenant sur facebook. Ce n’est évidemment pas lui qui alimente son profil mais à l'Elysée, on souligne déjà qu’il a plus d’amis sur facebook qu’il y a de militants à l’UMP : les premiers deviendraient-ils plus importants que les seconds ? Daniel Cohn-Bendit, dans une tribune publiée dans Le Monde au lendemain de son succès, utilise le terme de « Logiciel libre » pour décrire l'activité militante d'Europe écologie. En réalité, la nouvelle façon de faire de la politique, de mettre au point un programme, de sélectionner des candidats, est à inventer. Internet permet une participation, large et à géométrie variable des citoyens, un brassage d’idées et une grande ouverture, mais c’est aussi une masse informe, pas quantifiable et surtout qui ne permet pas (ou pas encore) d’établir de véritable système de représentativité, qui ne génère pas de légitimité interne au mouvement politique, donc de démocratie. Alors oui, le PS va mourir un jour, mais sans doute aussi, à moyen terme, tous les grands partis. Le seul problème c’est que l'on s'oriente, pour les remplacer, vers des structures à la fois assez séduisantes mais encore très incomplètes et toujours nébuleuses.

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