Le débat sur la ligne idéologique de l’UMP est ouvert.

Oui, juste après la défaite de Nicolas Sarkozy, une question taraudait les stratèges de l’UMP et divisait les tenants de la droitisation, adeptes des préceptes du conseiller Patrick Buisson, aux modérés : la droitisation et la F-Nisation d’une partie du discours du président-candidat a-t-elle évité le naufrage de Nicolas Sarkozy ou, au contraire, est-elle la cause de son échec ? La question vient d’avoir un début de réponse. Avec les législatives et la variété de candidatures, de situations politiques, nous avons un échantillon qui commence à être parlant. Avant de commercialiser un médicament il faut sacrifier un certain nombre de souris blanches. Il convient maintenant à Copé, Fillon et Juppé de constater le carnage chez les muridés de laboratoire les plus à droite. Ceux qui ont frayé avec les idées du FN, et déclaré avoir les mêmes valeurs (comme Nadine Morano, Christian Vanneste ou Maryse Joissains) ou ceux qui sans faire tout ça explicitement, semblaient n’en penser pas moins (comme Claude Guéant), eh bien ceux-là ont perdu ! La moitié des députés de la droite populaire a été battue. A l’inverse, ceux qui sont restés sur les rails classiques de la droite parlementaire et ont parfois combattu explicitement le Front national ont gagné, comme Nathalie Kosciusko-Morizet, Xavier Bertrand ou Bruno Lemaire.

Donc, la logique voudrait que l’UMP abandonne la stratégie de la droitisation.

Oui… mais non ! Parce que l’électorat de l’UMP ne pense pas tout à fait comme les militants UMP. Et ce sont ces derniers qui voteront pour désigner le président du mouvement. Beaucoup de responsables UMP trouvaient la droitisation indigne mais pensaient qu’elle était peut-être efficace, alors ils se taisaient. Ils se contorsionnaient péniblement, parfois ici à ce micro, on le sentait bien : « quelle droitisation ? » disaient-ils. Maintenant qu’ils savent qu’elle est ET indigne ET inefficace, ils la critiquent ! Mais ceux qui la dénoncent comme ceux qui la soutiennent encore sont désormais confrontés à cette contradiction inhérente aux partis un tant soit peu démocratiques : la position politique qu’il faut incarner pour prendre la direction du parti n’est pas forcément celle qu’il convient d’adopter pour gagner les élections. Pour être élu à la tête de l’UMP, il faut chasser à droite toute, c’est là que la pression s’exerce. Pour gagner les prochaines élections, notamment municipales, il faut viser plutôt au centre parce que ce sont les futurs déçus du « hollandisme » qu’il faudra aller chercher. Mais ce n’est pas maintenant, c’est en 2014… Alors que la désignation du chef de l’UMP c’est à l’automne ! Voilà pourquoi la droitisation a encore de beaux jours devant elle. Ce sont les joies de l’opposition et de la recomposition. Petit conseil d’observateur, en passant : le PS est passé par ces affres… et c’est celui qui a assumé le plus tôt un positionnement modéré (vous vous souvenez, la gauche molle) contre tous les stratèges de son camp, qui a finalement gagné.

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