Vous revenez ce matin sur la partielle de Villeneuve-sur-Lot qui est aussi l’échec du Front de gauche

Oui le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon est l’autre grand perdant de cette élection. Le duel des deux fronts qu’il pronostiquait n’aura pas lieu. Bien sûr, le contexte était absolument parfait pour l’extrême droite. Si le FN gagne des municipalités l’année prochaine, il pourra rebaptiser quelques rues en « rue Cahuzac » ou « rue Tapie » tellement ceux-ci auront servi sa cause ces derniers temps. En dehors de ce contexte particulier, le Front de Gauche ne profite nulle part de l’impopularité du PS. La mécanique des vases communicants ne fonctionne pas à l’intérieur des deux camps. Ce ne sont pas simplement les déçus de l’UMP qui font le succès du FN. Et les désenchantés du rêve français de François Hollande ne versent pas forcément sur leur gauche. On oublie souvent ce que l’on appelait autrefois le marrais. Cette partie de la population plutôt désidéologisée, qui ne vote pas toujours et qui, quand elle vote, choisi l’un ou l’autre camp sur le discours du moment. C’est elle qui offre ses succès au FN. Les transgressions idéologiques de l’UMP sur les thèmes identitaires et sécuritaires, l’impression persistante que les mains de François Hollande sont un peu molles sur les commandes, le style aboiement politique largement banalisé par Jean-Luc Mélenchon accompagnent favorablement un contexte économique niquel pour le FN.

Jean-Luc Mélenchon ne subit-il pas aussi la droitisation de la société ?

Pour que ce soit le cas, encore faudrait-il que cette droitisation soit une réalité. La droitisation du discours de Nicolas Sarkozy ne lui a pas réussi et c’est en se recentrant, en oubliant les obsessions antirépublicaines de son père que Marine Le Pen a progressé. Sur le plan social, le FN semble parfois plus à gauche que l’UMP et même parfois que le PS ! Sur le plan de l’immigration le discours du FN est dosé à la perfection. Vous remarquerez que l’immigration est présentée maintenant comme un facteur de désordre économique. L’islam est, à écouter Marine Le Pen, une atteinte, non pas à la pureté de notre identité ethnique -comme pour son père- mais d’abord à notre modèle laïque. On peut toujours s’étonner de ce que le FN met derrière le mot laïc … toujours est-il que ces thèmes, « démaurassisés », « républicanisés » et claironnés dans un langage simple, rencontrent le vote populaire. Et puis dans une période de défiance, le vote FN reste toujours la meilleure façon de cracher à la figure des élites. Une analyse très à la mode affirme que le vote FN serait désormais un vote d’adhésion et pas simplement un vote de rejet de la classe politique. Mais cette affirmation est aussi absurde que d’essayer de savoir si une vache broute plutôt parce qu’elle a faim ou plutôt parce qu’elle aime l’herbe. Pour une vache, avoir faim c’est aimer l’herbe. Les idées du FN sont principalement des idées de rejet. Pour un électeur du FN, adhérer à des idées de rejet, eh bien, c’est rejeter. Malgré l’affichage bruyant de toutes ses indignations, le Front de gauche, associé dans les collectivités locales au PS, agent électoral de la fonction publique est toujours perçu comme un cousin, certes un peu râleur, mais un cousin de la famille de ceux qui gouvernent… c'est-à-dire de ceux qui suscitent en ce moment le rejet. Un rejet qui semble plus être celui de l’impuissance de l’UMP et du PS que de leur idéologie.

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