Et la loi que Ségolène Royal a présentée hier, qui fixe des objectifs ambitieux en matière de transition, tend à démentir ce jugement. Les 3 anciens ministres de l’écologie de François Hollande, les ministres verts qui l’ont côtoyé pendant deux ans, les quelques parlementaires socialistes sensibles aux questions d’écologies ne donnaient pas cher de ce projet. Ils continuent de penser que François Hollande croit avant tout au productivisme à tout crin, qu’il est peu sensible aux bienfaits de la sobriété énergétique, qu’il vénère toujours le nucléaire à la Française, l’excellence et la maitrise de cette énergie par nos ingénieurs et nos industries, qu’il reste encore largement dubitatif sur la capacité des énergies renouvelables à supplanter un jour les énergies classiques. S’il est souvent difficile de connaître les convictions profondes du Président dans bien des domaines parce que, comme le dit l’un de ses proches, « François a banni de son vocabulaire, deux mots : le mot ‘non’ et le mot ‘oui’ », si donc l’ambigüité est souvent la substance principale de son discours… il faut bien en convenir : finalement, il agit ! Il agit plus qu’on ne le soupçonne. La loi de transition énergétique, est certes une loi d’orientation, elle manque certes de moyens (pour l’instant du moins), certes, le diable se cache dans les détails et c’est EDF qui reste en charge de bien des détails, certes on peut avoir des doute sur le fait qu’en 2025 la part du nucléaire ne sera plus que de 50% dans la production d’électricité…Toujours est-il que le projet porté par Ségolène Royal, est plus ambitieux et plus prometteur que ce que pensaient ceux qui ont approché le Président sur ces sujets, ces derniers mois.

Finalement, si l’on prend les trois derniers présidents, Chirac, Sarkozy et Hollande… Ils sont tous entrés à l’Elysée modérément écologistes et le sont devenus à l’épreuve du pouvoir.

Oui, ça a été particulièrement spectaculaire pour Jacques Chirac, représentant, dans les années 80, d’une droite productiviste, pro-nucléaire à outrance, privilégiant le tout-voiture en tant que maire de Paris et très sceptique quant à la réalité du réchauffement de la planète. Eh bien, il était devenu, à la fin de son mandat un fervent écologiste, promoteur inlassable d’une taxe sur les transports aériens. Nicolas Sarkozy, lui aussi, au départ estimait que les écolos n’étaient que des post-soixante-huitards agaçants. Il a pourtant initié les Grenelles de l’environnement. Et même si, ses convictions sur le sujet pouvaient paraître chancelantes ou opportunistes (souvenez-vous de « l’écologie ça commence à bien faire »), l’idée qu’il faille s’engager dans ce qu’il appelait « cette réforme de civilisation » n’était pas une idée en l’air. Malgré leur addiction à la croissance, remède de tous les maux, les Présidents de la République sont forcément rattrapés par les réalités des dérèglements climatiques, par les perspectives de bouleversements planétaires, de grands désordres environnementaux, par ce qui leur apparaît, depuis leur position qui leur impose une vision globale, et malgré leur formatage d’origine : le sens de l’histoire. François Hollande ressent-il cela ? Où estime-t-il que cette loi, qui prévoit des échéances bien au-delà de son mandat, n’aura que peu de conséquences pour lui ? Peu importe finalement la sincérité de la motivation. Il agit et les écologistes ont de quoi, maintenant, le prendre au mot.

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