Oui, la presse d’hier était remplie d’analyses et de tribunes sur les phénomènes napoléoniens et bonapartistes (ce n’est pas tout à fait pareil) qui semblent encore hanter la conscience politique française. Le napoléonisme est plus anecdotique, il concerne quelques nostalgiques du génie militaire et stratégique de l’empereur, quelques nationalistes folkloriques qui regrettent que l’Europe ne soit pas la France…ceux-là se souviennent du code Napoléon et de l’organisation territoriale française très efficace et ont oublié la dictature et le rétablissement de l’esclavage. Le bonapartisme, en revanche, de façon assez surprenante, continue de fasciner positivement nombre de commentateurs et d’éditorialistes, par ailleurs tout à fait démocrates. On continue à qualifier de «bonapartistes» des attitudes politiques qui prônent la verticalité de la décision, le centralisme, l’emporte-pièce comme méthodes de gouvernement ou de communication. Le gaullisme, le néogaullisme, ont perpétué la tradition. Tradition inscrite dans la science politique par la célèbre tripartition de la droite de René Rémond : (légitimisme, orléanisme et… bonapartisme).

Cette division n’est aujourd’hui plus très pertinente!

Non, mais il subsiste quand même des traces du bonapartisme dans la façon de faire de la politique, la façon d’envisager le rôle de l’Etat, et surtout de survaloriser les destins personnels, à droite comme à gauche. Il y a de la part des Français, de ceux qui commentent la politique, mais aussi de ceux qui la font, une pression énorme sur le président de la République, sur les prétendants à la plus haute fonction… une immense pression d’ordre bonapartiste. Il faut qu’ils entrent dans l’habit présidentiel, qu’ils habitent la fonction, qu’ils incarnent la France. Les deux derniers présidents, N.Sarkozy et F.Hollande, sont accusés, pour des raisons diverses, de ne pas, justement, être de taille. Leur histoire personnelle, sans guerre, trop lisse, leur culture trop superficielle, leur normalité (réclamée en ces temps de transparence, mais au fond moquée) ne leur octroient pas l’épaisseur suffisante pour incarner l’Etat, la France, la République, aux yeux du plus grand nombre. Ils essaient pourtant… mais il y a toujours quelque chose qui cloche. D’où sans doute ce sentiment bizarre d’un vague besoin de bonapartisme. Et donc ce succès médiatique insensé pour la célébration de la défaite d’un dictateur par qui, finalement, la restauration monarchiste la plus dure est arrivée ! Le bonapartisme toujours vivace chez nous, c’est cette survivance de la croyance en l’homme providentiel, pour lequel d’ailleurs, nos institutions sont forgées. Mais les défis d’aujourd’hui : Comment faire face à la globalisation et au réchauffement climatique ? Comment créer une nouvelle croissance qui assure la prospérité sans détruire la planète ? Ces défis ont plus besoin, pour être relevés, de démocratie horizontales, de participation des citoyens au plus près de chez eux, que de centralisme, de sauveurs suprêmes et de bicornes anachroniques à suivre aveuglément.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.