Une fois n’est pas coutume, vous commentez un sondage...

Oui, ce sondage Opinion Way mesure l’opinion des Français sur l’attitude de la France à l’égard de l’Aquarius ! A la question "Pensez-vous que le gouvernement aurait dû accueillir l’Aquarius dans l’un de ses ports ?", la réponse est "non" pour 56 % et "oui" pour 44 %. La seule tranche d’âge majoritairement (54 %) favorable à l’accostage du bateau en France, c'est les 18-24 ans. Les plus rétifs sont les 50-64 ans… 36 %.

Politiquement, c’est un front renversé : alors que 56 % des Français sont contre l’accueil du bateau, 64 % des électeurs d'Emmanuel Macron y sont favorables. Au passage, remarquons que les électeurs de Benoît Hamon sont les plus favorables, à 79 %, et que 57 % des électeurs Insoumis, moins que les Marcheurs, sont pour.

Donc, sur ce sujet, le président est en désaccord avec ses électeurs

Oui, et en accord avec l’opinion. Il y a quatre situations dans lesquelles le président peut se retrouver vis-à-vis de l’opinion. La première, la plus logique : être en phase avec sa majorité et la majorité des Français. C’est le cas par exemple pour la réforme SNCF. Il y a la situation la plus compliquée : être à la fois contre l’opinion et contre sa propre majorité populaire. C’est le cas sur la question du Glyphosate… Troisième situation assez courante : être en accord avec la majorité de ses électeurs contre la majorité des Français, par exemple sur la réforme de la fonction publique. Et enfin cette situation plus rare (et c’est le cas pour l’Aquarius) : être en accord avec les Français contre l’avis de ses propres partisans dans la population !

Il est compliqué de reprocher à un président (par définition, président de tous les Français) de dépasser son propre camp, et même parfois d’aller à son encontre pour rejoindre celui de la majorité… Mais ce peut être aussi le signe d’une certaine démagogie. Chacun jugera ce qu’il en est à propos de l’immigration. Toujours est-il que la posture de dureté absolue en matière d’immigration, émaillée de mots humanistes, ou l’inverse qui revient au même, l’ouverture dans les faits contrebalancée par un discours de fermeté, profite toujours aux tenants du simplisme et de la fermeté/fermeture.

Emmanuel Macron aurait pu tenir un discours (et des actes) clairs, conformes à ce qu’il pense ; ce qu’avaient en tout cas compris ses électeurs en matière d’immigration. Pas d’ouverture aveugle, fermeté et humanité, mais refus du fantasme de l’invasion et de la rhétorique de l’appel d’air. La pression subie actuellement par Angela Merkel  explique sans doute que, sur l’immigration, le Macron-président fasse preuve d’une certaine ambivalence pusillanime et diverge du Macron-candidat, élu pourtant contre Marine Le Pen. Un discours de vérité, rappelant que malgré les images chocs, nous ne subissons pas, loin de là, une invasion, et que notre pays est bien assez fort pour prendre sa part dans ce drame, aurait pu être tenu.

Ce sondage montre (et ce n’était pas évident) que, s’il avait voulu tenir cet axe courageux et cohérent (et certainement plus conforme à ce qu’il pense au fond), le président disposait d’une base politique solide. 

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