Lundi soir Edouard Philippe, sur France 5, est revenu sur son évolution personnelle s’agissant d’écologie

Et il est de bon ton (surtout chez les écologistes) d’être dubitatif dès qu’un politique évoque sa propre transition écologique… et de considérer, l’air entendu, qu’il ne fait que surfer sur une idée en vogue. C’est une réaction réflexe car nous sommes à l’orée de bouleversements politiques insoupçonnés. Ceux qui nous gouvernent sont secoués dans leurs certitudes, parfois même par leurs propres enfants. Il y a ce sentiment ambivalent d’une urgence à agir en profondeur avec cette conscience du caractère vain qu’il y aurait à bouleverser nos modes de vie, et notre modèle social quand la France ne représente qu’1% de la population mondiale et encore moins pour sa part dans l’émission de CO2. Seulement la France, qui prétend être elle-même quand elle porte une parole universelle, peut, ici, retrouver sa place en étant un modèle. Jean Pisani-Ferry, économiste, rédacteur du programme d’Emmanuel Macron, dit : ‘nos enfants préféreront l’amélioration du climat à la réduction de la dette’… mais la prise de conscience affirmée des deux têtes de l’exécutif ne signifie pas qu’ils sont au clair avec ce qu’il faut faire.

Et surtout ils ne se sont pas faits  élire pour cela !

C’est vrai… mais tout va vite, la prise de conscience écologique est fulgurante ces dernières années. C’est d’ailleurs autour de l’écologie (et du nationalisme) que va se restructurer la vie politique de nos pays. Emmanuel Macron avait théorisé le dépassement du clivage gauche-droite. Pour se redéfinir, il avait choisi le terme vague de ‘progressisme’. Mais pour élaborer une politique avec comme matrice l’écologie, les notions même de progressisme et de conservatisme volent en éclat ! Il faut bien croire aux progrès de la science pour espérer trouver de quoi piéger le CO2 et stocker l’électricité des renouvelables ! Mais ce progressisme technique, qui ne chercherait qu’à maintenir, par la modernisation, un monde consumériste n’est, en fait, qu’une forme de conservatisme (puisqu’il prétend conserver notre mode de vie actuel). Le retour au local, à l’authentique, la valorisation de la frugalité peut avoir des accents trompeurs, rétrogrades, conservateurs. Les progrès techniques qui nous permettront de surmonter la crise climatique, impliquent d’autres changements lourds, presqu’anthropologiques : usage plutôt que propriété, transports, nourritures, santé... peu de philosophes ou d’anthropologues, comme Bruno Latour, explorent vraiment les bouleversements inévitables et pourquoi pas, souhaitables ! Latour explique que la question que posaient le marxisme et le capitalisme à la fin du XIXème siècle était : quelles sont les conditions industrielles de notre existence, là où aujourd’hui la question est : quelles sont les conditions de notre existence tout court!  Interrogation vertigineuse. Macron et Philippe disent avoir pris conscience de la portée existentielle de ce qui vient. Maintenant, ce qu’il faut faire et à quel rythme ? visiblement ils ne le savent pas. Un monde s’ouvre. Des solutions lourdes sont à inventer. Ce qui rend ce moment politique un peu effrayant et passionnant, qui méritent mieux qu’une surenchère à la pureté verte, dès qu’un responsable s’avoue lui-même en transition !   

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.