Qu’en est-il de cette rumeur de nomination de Claude Allègre au gouvernement ? Le président en a très envie et Claude Allègre aussi. Ça fait donc deux bonnes raisons pour que ça se fasse. Deux raisons bien plus déterminantes que la multitude de très bonnes raisons que l’on pourrait énumérer pour que ça ne se fasse pas. Cette rumeur, très bien organisée, nous fournit un condensé du savoir-faire de Nicolas Sarkozy. On a l’impression que l'effet de l’annonce spectaculaire que produira la nomination de Claude Allègre, ancien ministre socialiste, ami personnel de Lionel Jospin, est plus important, plus déterminant que le contour de ses attributions, la liste des directions qu’il chapeautera, la politique qu’il suivra. Il faut trouver un portefeuille à cette personnalité de gauche pour continuer à alimenter l’ouverture. Voilà le vrai enjeu, n’allez pas chercher beaucoup plus loin. L’ouverture, c’est l’un des moteurs politiques du Président, elle demande, à intervalles réguliers d’être alimentée par quelques pelletés de charbon socialiste. Parce qu’au bout d’un moment, quand les Besson et autres Bockel sont plus UMP qu’une section entière de l’UMP du 16ème arrondissement de Paris, l’effet s’estompe, forcément. La bête-ouverture a faim... Et ça ne mange pas n’importe quoi, il faut que le fruit soit mûr. André Valini, député socialiste, éternel spécialiste de la justice au parlement ou dans l’opposition, par exemple. Un peu vert, pas encore assez désespéré par l’inertie de son parti, pas assez écœuré par les luttes intestines du PS, encore un peu jeune pour être angoissé par la grande horloge biologique qui tourne au-dessus des têtes de nos hommes politique, vous savez la pendule des vieux de Jacques Brel « qui dit oui, qui dit non, qui dit je vous attends ». Il y a un moment où la pendule vous dit que vous ne serez jamais ministre ou plus jamais ministre. Alors quand le président vous trouve tout d’un coup des allures de phare de la pensée, Kouchner 70 ans, Lang 70 ans, Allègre 72 ans ! La pendule sonne ! Il se dit que Claude Allègre prendrait la tête d’un MITI français. Le Miti, c’est ce grand ministère de la recherche, de l’industrie et du commerce extérieur qui a permis au Japon, depuis les années 60, d’orienter l’économie du pays vers l’innovation technologique et l’exportation de masse. L’exemple du Miti est une obsession française, un outil magique pour le capitalisme d’Etat dont notre pays aurait besoin, jamais mis en place. Déjà, le premier ministre Fabius en 1986 en rêvait. Claude Allègre dit, en ce moment, qu’il veut un Miti ! Ce qui impliquerait une redistribution cataclysmique à l’intérieur du gouvernement. Ça viderait de sa substance et de leurs crédits les ministères de la recherche, de l’industrie, du commerce extérieur. Ça ferait une concurrence cacophonique avec le ministère de l’économie. Ça finirait d’enterrer le grand ministère de l’environnement (rappelons au passage que Claude Allègre ne croit pas au réchauffement de la planète). Bref le Miti est un mythe et ne se fera évidemment pas, puisque par ailleurs le président parle d’un petit remaniement ! C’est-à-dire que Claude Allègre sera ministre et aura un titre à rallonge (rassurez-vous), mais il ne chapotera pas tous les secteurs dont nous venons de parler. En revanche, vous verrez qu’on nous dira qu’il sera chargé de les coordonner, de les mettre en cohérence. C’est généralement ce que l’on dit quand on crée une coquille vide uniquement destinée à abriter une personnalité politique, comme pour le ministère de la relance pour caser Patrick Devedjian. En fait, la coordination c’est le rôle du Premier ministre. La vrai mission de Claude Allègre, outre d’accentuer la déprime du PS en alimentant l’impression de fuite des cerveaux, sa vraie mission sera d’animer le débat médiatique de ses coups d’éclat. D’occuper le terrain des annonces iconoclastes censées briser des tabous et nous faire parler. Nicolas Sarkozy le conçoit comme ça. Le pire, le comble de la vanité, serait que Claude Allègre, lui-même croit vraiment qu’il est en passe d’obtenir un MITI !

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