**Le « Bouclier fiscal », totem du Sarkozysme serait en passe de disparaitre!Oui, et c’est l’occasion de revenir sur ce terme « bouclier ». Le mot est apparu en politique avec le « bouclier social ». Une disposition, en faveur de la micro-entreprise, en 2007, sous Jacques Chirac, qui permettait aux entrepreneurs de payer moins de cotisations pendant les premières années d’activité. Mais, bien sur le terme de « bouclier » a été popularisé par le fameux « bouclier fiscal ». C’est devenu l’un des fleurons de la marque Sarkozy, comme disent les communicants à la mode. Les irréductibles sarkozystes, les réciteurs d’éléments de langage, qui, il faut le reconnaître, sont de moins en moins nombreux, savent bien que c’est le dernier pilier du sarkozysme originel encore debout. L’ineffable Frédéric Lefebvre peut affirmer (sans rire mais pas sans faire rire) que le bouclier fiscal sera renforcé lors de la réforme des retraites ! Il faut dire que bien avant de prévoir de le perforer, Nicolas Sarkozy prévenait régulièrement sa majorité, il disait « je ne toucherai pas au bouclier fiscal car je crois au principe selon lequel on ne peut prendre à quelqu’un plus de la moitié de ce qu’il gagne »; remarquez les termes « je crois au principe »…Le bouclier fiscal n’était pas un instrument économique c’était un principe. Un principe ne souffre pas d’exception ni d’adaptation et c’est vrai qu’un bouclier troué n’est plus un bouclier. Encore une preuve du coté « péremptoire éphémère » du discours politique en général et du discours sarkozien en particulier… Le bouclier fiscal est au Président ce que l’ISF a longtemps été à la gauche : un totem pourtant jugé, par beaucoup, à droite comme à gauche aussi symbolique qu’inefficace. « Bouclier-fiscal » c’est une trouvaille de communicant ?!Oui et c’est finalement une trouvaille boomerang parce que, ce qui signifie « protection » de ceux qui font des efforts pour gagner de l’argent et donc investir, devient, en période de crise, « protection » des privilégiés ! Mais, au départ, c’est vrai que le mot « bouclier » est particulièrement adapté au discours ambiant. Ce que l’opinion demande le plus aux politiques c’est la « protection », Nicolas Sarkozy l’a d’ailleurs redit aux parlementaires de la majorité la semaine dernière « pour 2012 il faudra un discours protecteur »… Pendant la campagne de 2007, pour Nicolas Sarkozy, il ne s’agissait pas de protection sociale (nous étions avant la crise). Il s’agissait de protection dans le domaine sécuritaire. Dans le domaine économique et social le discours était aussi borduré : si l’on parlait de rupture et de réformes, les mots choisis devaient dessiner une candidature malgré tout protectrice. De la rupture, du libéralisme mais des traditions sociales, du Blum et du Jaurès. L’aspiration à plus de sécurité dans tous les domaines est perceptible par tous ceux qui s’intéressent à l’opinion. Le rapport 2009 de Médiascopie, organisme qui étudie le poids des mots dans le débat public notait que la demande de « protection » se renforce. Le mot « bouclier » suggère à merveille la fonction protectrice de notre modèle face aux aléas d’un monde globalisé. Ainsi Martin Hirsch parlait de « bouclier sanitaire » pour défendre l’une de ses réformes. Le slogan d’une partie de la gauche, pendant les élections régionales était « faisons des régions un ‘bouclier social’ ». Ce terme de bouclier est à rapprocher de celui de « matelas ». On entend beaucoup ce genre de propos depuis la crise : « Le modèle social français nous assure un « matelas social » qui amortit les effets de la crise ». Ou « le « matelas social » qui atténue les effets de la crise nous fera rebondir plus lentement que nos voisins ». Nous voilà bien pourvus, avec des « matelas » et des « boucliers »… le vocabulaire politique parle de nous ! « Ce n’est pas nous qui disons les mots, ce sont les mots qui nous disent » disait Gombrowicz.**

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