Vous évoquez ce matin l’importance des sondages dans cette pré-campagne.Oui, les sondages, vous savez cet affreux système qui décide tout seul à la place des peuples, cet instrument manipulé par une petite caste de décideurs, ces sondages que les Le Pen ont tant fustigé, sauf depuis qu’ils mettent la candidate du FN possiblement au second tour… Ces sondages que François Bayrou disait truqués, sauf pendant quelques semaines de 2007 durant lesquelles ils le faisaientt rivaliser avec les deux finalistes… Ces sondages que Ségolène Royal voue aujourd’hui aux gémonies alors qu’ils ont été le principal moteur de sa victoire aux primaires d’il y a cinq ans… Ces sondages que la gauche en général aime à décrire aux mains des grands groupes industriels proches de Nicolas Sarkozy sauf –comme en ce moment- quand ils la mettent largement victorieuse face au président. Ces sondages, auxquels Nicolas Sarkozy ne prête officiellement aucune attention, préférant son flair politique, mais, pour lesquels l’Elysée dépense des fortunes d’argent public, testant tout et n’importe quoi dans le plus grand secret. Ces sondages, enfin, dont les commentateurs de la politique se plaisent à railler les erreurs et à dénoncer les effets pervers mais qui en font la Une de leurs journaux… Ces sondages honnis et si détestables… Eh bien nous, auditeurs et lecteurs, nous commentateurs, nous citoyens et électeurs, finalement nous nous ruons dessus. Nous sommes bien tous (un peu) hypocrites ! Et d’ailleurs, ce matin, pour France-Inter, Le Monde et France 2, paraît un sondage Ipsos-Logica Business ConsultingEt c’est un sondage intéressant. En réalité et contrairement à une idée reçue les sondages d’intentions de vote sont assez instructifs. Il faut les différencier des sondages thématiques, liés à l’actualité, dont les réponses chiffrées dépendent largement du libellé de la question. Un sondage publié dans le Figaro dont la question serait : « souhaitez-vous que la France abandonne son énergie nucléaire qui lui fournit 78% de son électricité? » n’obtiendrait pas les mêmes résultats qu’un autre dans Libération avec comme question : « souhaitez-vous que la France opère une transition de l’énergie nucléaire vers les énergies renouvelables ? » S’agissant des sondages d’intention de vote la question est généralement plus neutre : « si l’élection avait lieu dimanche, quel serait le candidat pour lequel il y a le plus de chance que vous votiez ? » Les résultats, bien sûr, sont une photo d’un moment précis, pas une projection. L’intérêt de ces sondages réside justement dans ce en quoi ils sont le plus critiqués : leur répétition. C’est l’évolution des courbes sur plusieurs sondages, dans le temps, qui traduisent des dynamiques et nous renseigne le mieux, plus que le niveau du moment de chaque candidat. Tout en les critiquant quand les micros sont ouverts, les politiques accordent beaucoup d’importance à ces dynamiques et adaptent leur stratégie en fonction de celles-ci. Mais ces informations sont aussi des outils, pas forcément honteux, pour les électeurs notamment des primaires socialistes ou écologistes. Ces électeurs, de ce que l’on pourrait appeler des pré-élections, se comportent autant comme des stratèges en vue d’une victoire de leur camp aux vraies élections que comme des partisans d’un candidat en particulier. Finalement ce mélange, apparemment incohérent de critique et d’intérêt pour les sondages traduit bien l’ambivalence entre le stratège et le partisan qui sommeille en tout citoyen qui s’intéresse à ce que tous le monde aime détester ou déteste aimer… la politique.

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