Vous revenez sur l’affaire des quotas de réfugiés que, selon Bruxelles, chaque pays européen devrait accueillir. Manuel Valls refuse l’idée de quotas .

C’est une question de souveraineté dit le Premier ministre. C’est, en réalité, surtout une question de sémantique. Ou comment brouiller une politique qui a besoin - pour être un tant soit peu acceptée - d’une clarté totale. Bernard Cazeneuve avait réussi à faire admettre à Bruxelles l’idée selon laquelle tous les pays européens, les 28, devraient être enjoints d’accepter une part des réfugiés politiques qui fuient la tyrannie meurtrière de Bachar el Assad en Syrie comme la folie barbare de Daech en Syrie et en Irak. Il ne s’agit pas des réfugiés économiques qui, eux, ont tous vocation (selon la France) à être renvoyés dans leur pays d’origine. L’idée, c’était d’établir en Europe un mécanisme dit de « répartition solidaire des réfugiés politiques ». La France arguant que 5 pays accueillent 75% de ces réfugiés. Paris a donné l’asile à 1900 d’entre eux cette année et 5000 depuis 2013. Notons que ces chiffres, au regard de nos 65 millions d’habitants et du nombre de personnes qui ont dû fuir leur pays, restent très faibles. Ils ne permettent pas de parler –comme certains le font- d’invasion ! Mais, puisque le nombre de Syriens qui sont réellement contraints de s’exiler est, lui, très important, il faut, pour faire face à cette situation, mettre en place un système de répartition entre pays européens.

D’où l’emploi du mot quota…

Oui, mais c’est un mot trompeur puisque le droit d’asile, par définition, se juge selon des critères objectifs et personnalisés. Le contraire d’une logique de quotas. Il s’agit simplement de répartir les demandeurs dans toute l’Europe, selon la richesse, le taux de chômage, et la population des pays d’accueil. A la limite, on pourrait parler de « quotas de répartition ». Mais dans cette affaire, Manuel Valls a sur-réagi. Il a critiqué vertement un mot, sachant qu’il ne représentait pas ce qu’il désignait. Cette sur-réaction s’inscrit dans un réflexe très en cours en ce moment (Nicolas Sarkozy parlait lui de véritable folie en entendant le mot quotas)…un réflexe très en cours qui consiste à prévenir une éventuelle indignation du FN en la portant préventivement… en ayant l’air outré et très ferme, suffisamment intransigeant. Cette attitude faite pour combattre la peur qui nourrit l’extrême droite est délicate à manier. Là, en l’occurrence, Manuel Valls et Nicolas Sarkozy ont tellement voulu montrer qu’ils étaient intraitables qu’ils ont accrédité l’idée que nous serions face à une invasion ou à une Europe qui voudrait nous imposer des hordes de réfugiés économiques. Quand on décide de dépenser son énergie à monter des murs pour rassurer, plutôt que de la dépenser à canaliser le danger… On ne rassure ni ne canalise vraiment. Parfois, en politique, par excès de tactique ou en refusant de parier sur l’intelligence, on nourrit ce que l’on croit combattre. L’épisode anti-quotas de Manuel Valls en est un exemple parfait.

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