Thomas Legrand revient sur le cas particulier de Nicolas Hulot et celui emblématique de Notre-Dame-des-Landes

Oui, non pas parce que Notre- Dame des Landes (NDDL) est un enjeu si important mais parce que ce projet est devenu un point de fixation politique démesuré. La question n’est d’ailleurs plus écologique mais sécuritaire : sur ces quelques centaines d’hectares, s’est installée une ZAD, devenue, elle aussi, un point de fixation, géographique cette fois, le point de ralliement de tout ce que l’Europe compte d’activistes écolos radicaux. La moindre action de police contre ces villages gaulois et c’est une armée de militants qui débarquerait de tout le continent pour en découdre avec les forces de l’ordre. Une hantise pour le pouvoir.

Le dossier de Notre-Dame-des-Landes

Un ministre de l’Ecologie qui veut peser sur la politique française a en réalité mieux et plus à faire que de s’arc bouter sur ce dossier. Mais, la politique étant ce qu’elle est, la force des symboles étant ce qu’ils sont, Nicolas Hulot ne peut pas dire non plus que Notre-Dame-des-Landes n’est qu’un dossier local parmi d’autres. Nous avons entendu hier (à ce micro) Pascal Canfin nous dire que « bien sûr, Nicolas Hulot quitterait le gouvernement si Notre-Dame-des-Landes se faisait ». Et juste après, à ce même micro, Edouard Philippe disait qu’un médiateur serait nommé pour examiner toutes les solutions, même alternatives, et que le gouvernement prendrait une décision et l’assumerait. Toutes les conditions sont réunies pour que ce dossier traine. Et qu’à la fin il ne se fasse pas.

Mais plus globalement on a l’impression que Nicolas Hulot n’a pas obtenu de garanties précises quant à la conversion écologique du président

Non, pas d’engagement sur la fiscalité écologique, le processus de sortie du nucléaire n’est pas du tout acté, au contraire, simplement une réduction très progressive pour permettre une montée en puissance du renouvelable, le diesel n’est limité, à court terme, que par de lentes incitations fiscales. Mais Nicolas Hulot n’est pas un politique et c’est d’ailleurs pour ça qu’il a longtemps refusé un ministère. Ce n’est pas un homme de rapport de force, d’ailleurs il ne dispose pas d’un parti, il ne dispose que de sa popularité. Il faut donc voir son action comme celle d’un influenceur, d’un homme qui, fort de son statut de ministre d’Etat, donc institutionnellement autorisé à s’exprimer sur tous les aspects de l’action du gouvernement, pourra peser, convaincre, alerter. Parce que le mouvement vers une autre croissance est inéluctable, il deviendra évident pour tous… même pour ceux qui ne le perçoivent pas (ou pas assez) aujourd’hui.

L'écologie est une urgence

La question est la vitesse de ce mouvement, l’urgence écologique. Emmanuel Macron n’a peut-être pas la fibre naturellement écolo mais ça vient et il ne peut pas incarner la modernité s’il reste dans la logique du vieux monde carboné et nucléarisé. Il va le comprendre, comme il semble se convertir petit à petit à la cause. Nicolas Hulot est persuadé qu’il faut peser en direct et au plus près sur ceux qui ont les manettes pour accélérer le mouvement évident. Ce sera à lui de juger de l’intérieur (et à nous de l’extérieur) si, sur la durée, dans la pratique, son influence joue, ou s’il n’est qu’un trophée, un pot de peinture verte que le président utilise pour ripoliner avantageusement une politique qui serait sans réelle ambition écologiste. C’est un pari. Il aurait été idiot de ne pas le tenter.

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