Le genre épistolaire n’est pas courant en politique. Pourtant, il est question, ce matin, d'un courrier envoyé à Nicolas Sarkozy. C'est l'histoire d'une lettre. D'un coup de sang. Un coup de sang qui aurait pu devenir un livre, mais bon, pour l'instant, son auteur s'en tient à cette lettre. Adressée hier au Palais de l'Elysée, Paris 8ème. "Monsieur le président, la nomination de Georges-Marc Benamou à la Villa Médicis à Rome me laisse plus que perplexe. Elle provoque chez moi à la fois une réelle déception, et un sentiment de malaise". Déception et malaise pour un auteur blessé. L'auteur ? Olivier Poivre d'Arvor, écrivain à succès avec son frère Patrick, actuel directeur de culturefrance, et favori jusque là, pour diriger la prestigieuse académie de France à Rome, celle où longtemps, le peintre Balthus officia. Or lundi matin, Olivier Poivre d'Arvor est à Cracovie, quand une dépêche AFP lui apprend que c'est Georges-Marc Benamou, conseiller culturel du président, celui avec qui 5 jours tout juste auparavant, il partageait un verre sans y voir malice ni coup tordu, George-Marc Benamou donc qui part à Rome. Coup de sang. Dans sa lettre, Olivier Poivre d'Arvor rappelle comment en décembre 2007, c'est ce même conseiller qui l'appela pour lui annoncer qu'il était nommé à Rome, avant de se récuser 3 jours plus tard, mais enfin qui, pendant 2 mois l'a assuré de son plein soutien. Déception personnelle donc d'avoir été écarté, l'auteur ne le nie pas. "Mais le malaise vient d'ailleurs" écrit-il. Ce qu'il conteste, c'est la légitimité de Georges-Marc Benamou. "Quand votre conseiller annonce lui même qu'il est nommé, il précise immédiatement qu'il a décidé de revenir à ses activités d'écriture et de cinéma et qu'il pourra enfin se consacrer à l'adaptation d'un de ses romans. Il confond la situation de pensionnaire et celle de directeur s'étouffe OPDA. Il oublie que cette fonction est un engagement professionnel à plein temps autour d'un projet." L'auteur trempe la plume dans la plaie... "A l'heure où vous vous souciez de rationnaliser l'action de l'Etat monsieur le Président, imaginer que la Villa Médicis est un lieu de repli pour conseiller en disgrâce, une retraite pour convenance personnelle, c'est donner un signe bien négatif." Il cite Malraux - faut toujours citer Malraux quand on parle culture à un gaulliste - Olivier Poivre d'Arvor conclut : "la culture témoigne de l'aspiration des peuples et non du caprice des courtisans de circonstance." "Je comprends le dépit d'un candidat qui avait comme d'autres, toute sa légitimité," commentait calmement hier au téléphone le nouveau directeur de la Villa Médicis. Sourcilleux néanmoins dès qu'on aborde la question de sa légitimité. " Je n'ai ni plus ni moins de légitimité qu'un autre s'agace-t-il, sur quels critères la juge-t-on ? Au faciès ? Moi aussi, j'ai écrit des livres. D'ailleurs, depuis Richelieu, les nominations comme celle ci sont le fait du prince" reconnait-il. Argument final et fatal s'il en est. Mais justement, nous, on pensait que Nicolas Sarkozy pouvait faire mieux que Richelieu. Depuis dimanche soir, il paraît que ce qui est nouveau,c'est que le président se présidentialise. Qu'il prend de la hauteur, de la distance, qu'il se comporte en dirigeant équanime et impartial. Fini forcément les "nominations faits du prince", celles là même qu'il dénoncait sous Jacques Chirac et auxquelles il avait bien promis de renoncer. Bon, voici pourtant à nouveau un fromage de la République, aussi culturel soit-il, attribué à un proche. Certains murmurent que l'éloignement à Rome du dernier biographe de François Mitterrand, serait le prix à payer pour son silence sur ces quelques mois passés à l'Elysée. On ne peut y croire. Ou alors ce serait une décision prise par Nicolas Sarkozy avant qu'il ne se re présidentialise. Non, forcément, depuis, ça ne se passe plus comme ça.

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